Teréga
Teréga ne vend pas du rêve: elle fait circuler du gaz, stocke des molécules et encaisse des revenus régulés.
À propos de Teréga
1. Modèle économique
Teréga vit d’abord de ses activités régulées de transport et de stockage de gaz dans le Grand Sud-Ouest. En 2024, l’entreprise affiche 517 M€ de chiffre d’affaires, dont 312 M€ dans le transport et 176 M€ dans le stockage, pour 106 M€ de résultat net et 154 M€ d’investissements. Le groupe emploie 647 collaborateurs et exploite 5 095 km de canalisations ainsi que 6,4 Gm3 de capacités de stockage. Son modèle reste très dépendant de la régulation: la CRE fixe les mécanismes tarifaires, et le terme tarifaire stockage est passé de 139,07 €/MWh/j/an en 2024 à 331,44 €/MWh/j/an en 2025. Autrement dit: Teréga gagne de l’argent sur une infrastructure critique, mais dans un cadre public de plus en plus sensible politiquement.
2. Impact réel
Le signal le plus tangible, côté transition, est le biométhane. Teréga revendique un indice de gaz renouvelable de 4,1 % en 2024, au-dessus d’une moyenne nationale indiquée à 3 % dans son RADD 2024, avec 10 postes d’injection biométhane. C’est réel, mais encore modeste face à l’échelle nationale: la France comptait 731 installations pour 13,9 TWh/an de capacité fin 2024, tandis que la PPE3 vise 44 TWh de biométhane injecté en 2030. L’autre chiffre à garder en tête vient de l’ADEME: le gisement mobilisable à 2030 pour la méthanisation est évalué à 56 TWh d’énergie primaire, très majoritairement agricole. Teréga améliore donc le verdissement du gaz, mais reste branchée sur une ressource limitée par la biomasse disponible, les usages agricoles et l’acceptabilité locale.
3. Innovations / partenariats
L’entreprise pousse fort sur l’hydrogène. Dans son RADD 2024, elle confirme une participation de 16,7 % à BarMar, tronçon sous-marin du corridor H2med, projet évalué autour de 2,2 à 2,5 milliards d’euros. Dans le Sud-Ouest, son projet HySoW vise environ 600 km de canalisations et 16 TWh/an d’hydrogène décarboné. Plus concret encore, Teréga a lancé en 2025 Retrofit H2 à Ambès, test grandeur nature de conversion d’une canalisation de gaz naturel à l’hydrogène sur un tronçon de 468 mètres. Sur le biométhane, le premier rebours d’Auch, mis en avant dans le RADD, permet aussi de mieux valoriser les surplus locaux.
4. Greenwashing / zones grises
Le cœur du sujet, c’est la proportion. Teréga parle de décarbonation, mais son cash-flow provient toujours d’un système gazier dont la base reste largement fossile. Son propre plan Gaïa 2035 promet 3 Md€ d’investissements d’ici 2035, avec plus de la moitié fléchée vers la décarbonation: c’est ambitieux, mais cela signifie aussi que, d’ici là, une part importante du capital continue de sécuriser le système gazier existant. Deuxième angle mort: l’hydrogène et le CCUS relèvent encore largement de paris d’infrastructure, nourris par des statuts PIC, des AMI et des scénarios de marché, plus que par des volumes massifs déjà contractualisés. Je n’ai pas trouvé, dans les éléments publics consultés, de grand contrat public structurant déjà signé qui changerait l’équation à court terme. Enfin, la montée du biométhane elle-même n’est pas un long fleuve vert: la PPE3 suppose un changement d’échelle rapide, alors que le coût, la disponibilité des intrants et la visibilité post-2028 restent débattus.
5. Positionnement stratégique
Teréga essaie de passer du statut de transporteur gazier régional à celui d’architecte d’infrastructures multi-molécules: méthane aujourd’hui, biométhane en montée, hydrogène demain, CO2 après-demain. Le mouvement est cohérent avec le contexte français et européen, entre PPE3, corridor H2med et concertations CH4-H2-CO2 lancées avec NaTran en 2025. La vraie opportunité de Teréga, c’est d’utiliser un actif historique très physique pour éviter de devenir un simple gardien d’un monde gazier en décroissance.
Verdict WattsElse
Teréga n’est pas encore un champion des gaz verts: c’est un opérateur gazier qui tente sérieusement de négocier sa mue avant que la régulation et la baisse structurelle du fossile ne la lui imposent. Sa force, c’est l’infrastructure; sa fragilité, c’est que cette infrastructure doit prouver qu’elle vaut encore dans un monde post-méthane.
Sources : terega.fr · terega.fr · cre.fr · cre.fr · assets.ctfassets.net · statistiques.developpement-durable.gouv.fr · gossement-avocats.com · librairie.ademe.fr · terega.fr · h2medproject.com · terega.fr · terega.fr · gaz-mobilite.fr · terega.fr
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