Uzbekenergo
L’histoire ouzbèque de l’électricité ne tient plus dans une seule raison sociale : l’ancien Uzbekenergo, symbole du service public intégré, a été démantelé en 2019, alors que le pays publie des records de production et une part d’EnR qui grimpe vite.
À propos de Uzbekenergo
1. Modèle économique
Uzbekenergo désigne l’ex-société par actions d’État qui concentrait jusqu’à la réforme de 2019 la chaîne de valeur électrique ouzbèke (génération, transport, distribution), au plus près du modèle de monopole vertical intégré. En mars 2019, ce schéma a été découpé en trois sociétés distinctes — centrales thermiques, réseau national, réseaux régionaux — pour ouvrir le capital, clarifier les comptes et préparer des PPA à grande échelle (analyse IEA sur le démantèlement). La logique de revenus, hier essentiellement tarifs régulés et budget d’État, s’est donc éclatée entre opérateurs spécialisés, tandis que les projets EnR sont portés par une logique d’appels d’offres, d’IDE et de partenariats pilotée par le ministère et les bailleurs. Chiffre d’affaires consolidé et effectif de la structure historique Uzbekenergo au sens strict : non retrouvés dans des bilans publics aisément vérifiables en ligne à la date de cette veille ; le site historique http://www.uzbekenergo.uz n’a pas répondu à une requête technique rapide depuis l’environnement de rédaction.
2. Impact réel
Les indicateurs publics disponibles portent davantage sur le système électrique national que sur une entité « Uzbekenergo » isolée, mais ils mesurent l’impact physique de la transition : en 2025, la production touche 86,7 TWh (+6 %), dont 16,8 TWh d’EnR (solaire, éolien et hydro), soit environ 20 % du total selon les synthèses officielles relayées par la presse spécialisée (chiffres 2025 sur la production et les nouvelles capacités, effets gaz et part « verte »). Le parc solaire et éolien aurait généré à lui seul 10,5 TWh en 2025, en progression ×2,1 sur un an, et ≈3,2 milliards de m³ de gaz auraient été « économisés » grâce aux EnR sur la même période (Kun.uz). En parallèle, 1 245 MW de stockage batteries sont indiqués parmi les mises en service 2025 dans le bilan capacitaire publié (UzDaily, détail des 4 647 MW commissionnés). Comparaison PPE3 / fiches ADEME : non pertinente en droit — l’Ouzbékistan n’est pas couvert par la programmation pluriannuelle de l’énergie française ; on peut en revanche situer l’enjeu dans les financements de coopération et la « coloration » climat des projets (note de stratégie AFD sur l’Ouzbékistan).
3. Innovations / partenariats
La modernisation des réseaux de distribution fait l’objet d’un financement de la Banque mondiale (150 millions de dollars) pour réduire les pertes, sécuriser les sous-stations et l’investissement dans les compteurs intelligents (communiqué Banque mondiale). Côté réforme et passation de marchés, la BAD documente un programme où figurent aussi des cibles de capacités renouvelables et des PPA cumulés à l’échelle du pays (document de programme BAD). Les 42 projets et 4 647 MW ajoutés en 2025 traduisent une industrialisation accélérée du mix (solaire, éolien, BESS, compléments thermiques et hydro) dans une même logique d’écosystème plus que de « startup » unique (UzDaily).
4. Greenwashing / zones grises
Le discours « vert » entre en collision avec des réalités fossiles et gouvernance. D’abord l’enquête de presse sur l’attribution de contrats solaires (sous-traitances opaques, sociétés domiciliées à quelques heures du lancement des chantiers, soupçons de paiements en liquide autour de projets comme Sherabad) : matière à prudence réputationnelle pour tout investisseur public ou privé (enquête RFE/RL). Ensuite, le plan capacitaire 2026 inclut encore 2,5 GW de thermique dans un bouquet de 6,7 GW annoncés, ce qui ancre le gaz et la vapeur dans la courbe d’investissement malgré l’accélération EnR (synthèse Enerdata). Enfin, la fragilité du réseau : les pertes sur le réseau de distribution sont évaluées à 13 % au niveau national dans le dossier de la Banque mondiale, avec 62 % des lignes ayant plus de 30 ans (communiqué Banque mondiale) ; dans certains territoires, les pertes dépasseraient 20 %, au point d’expliquer en avril 2026 un limogeage de masse de 44 responsables régionaux de l’approvisionnement électrique (Tashkent Times).
5. Positionnement stratégique
Uzbekenergo n’est plus le personnage unique du film, mais le nom qui résume une métamorphose institutionnelle : passage d’un monopole à un plywood sectoriel de sociétés d’État et d’IDE sur EnR, avec une pression politique forte sur les résultats (pertes, délais, adoption de l’IA évoquée dans la même séquence de réforme — Tashkent Times). La fenêtre de marché est large côté renouvelables et stockage ; le signal récent combine records de production En, plans massifs de batteries et, au même moment, repolitisation de la performance réseau. Aucune analyse ADEME ou Connaissance des Énergies dédiée à Uzbekenergo n’a été repérée dans cette veille ; l’angle sectoriel français passe surtout par AFD / Proparco et entreprises engagées sur le terrain (stratégie AFD – Ouzbékistan).
Verdict WattsElse
L’Ouzbékistan prouve en courbes d’électricité qu’il sait monter en gamme sur le solaire, l’éolien et le stockage ; mais tant que le réseau perd l’équivalent d’une centrale dans les câbles et que des enquêtes ciblent la chaîne des marchés, le « vert » national reste une trajectoire cisaillée entre ambition technocratique et tests de crédibilité. Dans ce paysage, Uzbekenergo est le fantôme hydraulique d’un État qui a appris à parler gigawatt — et à virer quand les pertes explosent.
Sources : iea.org · uzdaily.uz · kun.uz · afd.fr · worldbank.org · adb.org · reports.rferl.org · enerdata.net · tashkenttimes.uz
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