Production

ArcelorMittal

Derrière les slogans sur l’“acier bas carbone”, ArcelorMittal reste d’abord un géant de la sidérurgie mondiale, pris entre la brutalité des marchés, la pression climatique et la bataille de compétitivité européenne.

Géant sidérurgique en bascule entre charbon nucléaire et acier vert

À propos de ArcelorMittal

1. Modèle économique

ArcelorMittal vit de la production d’acier et de minerai de fer, avec une base client très large allant de l’automobile à la construction, en passant par l’ingénierie et les machines industrielles. En 2024, le groupe a réalisé 62,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires, produit 57,9 millions de tonnes d’acier brut et 42,4 millions de tonnes de minerai de fer, avec 125 416 salariés dans le monde selon ses résultats 2024 et son annual report 2024. Son capex total 2024 atteint 4,4 milliards de dollars, dont 1,3 milliard pour la croissance stratégique et 293 millions pour la décarbonation, d’après le même communiqué investisseurs. En France, le groupe mise sur ses grands sites plats et sur des aciers à plus forte valeur ajoutée, notamment les aciers électriques de Mardyck et le futur four électrique de Dunkerque, tout en restant extrêmement dépendant des prix de l’énergie, des quotas carbone et du niveau des importations asiatiques, comme il le dit lui-même dans sa page neutralité carbone France.

2. Impact réel

ArcelorMittal part de très loin : l’acier primaire au haut-fourneau est l’un des procédés industriels les plus carbonés. Son rapport de durabilité 2024 indique des émissions absolues scopes 1 et 2 de 102 millions de tonnes de CO2 sur le périmètre 2024, en baisse de 46 % par rapport à 2018, avec une intensité moyenne de 1,75 tonne de CO2 par tonne d’acier brut ; une part de cette baisse vient toutefois aussi des cessions d’actifs les plus émetteurs, et pas seulement d’une transformation technique. Le groupe souligne que les fours électriques représentent désormais 25 % de sa production mondiale, contre 19 % en 2018, et qu’il a investi 1 milliard de dollars dans la décarbonation sur la période, selon ce même rapport RSE 2024. En France, la pression est maximale à Dunkerque : l’État rappelle que le site pèse environ 12 MtCO2/an, soit 15 % des émissions industrielles nationales, et que le projet de décarbonation doit éviter 4,4 MtCO2 par an en moyenne sur quinze ans, selon la DGE. Or l’ADEME rappelle que la sidérurgie française devra viser -81 % d’émissions en 2050 par rapport à 2015, avec un recours massif à l’électricité décarbonée, au DRI et au recyclage : autrement dit, ArcelorMittal avance, mais pas encore à l’échelle du mur climatique.

3. Innovations / partenariats

Le signal le plus fort, en ce début 2026, est le contrat de long terme signé avec EDF : un CAPN de 18 ans, effectif depuis le 1er janvier 2026, qui sécurise une électricité nucléaire bas carbone pour les sites français du groupe, selon le communiqué ArcelorMittal France et la lecture qu’en fait Révolution Énergétique. Ce verrou énergétique a aidé à relancer le projet de Dunkerque : 1,3 milliard d’euros pour un four à arc électrique de 2 Mt/an, attendu en 2029, avec un acier annoncé à 0,6 à 0,8 tCO2/t contre près de 2 t aujourd’hui, selon L’Usine Nouvelle. Le groupe pousse aussi sa marque XCarb et affirme pouvoir vendre un acier à faibles émissions autour de 300 kgCO2 par tonne sur certains sites électriques espagnols, tout en développant des segments “Sustainable Solutions” et l’acier électrique pour l’automobile, selon sa mise au point Europe.

4. Greenwashing / zones grises

La première zone grise, c’est que la baisse d’émissions mise en avant mélange vraies transformations industrielles et optimisation du portefeuille d’actifs : vendre ou fermer les sites les plus carbonés fait baisser le total, mais ne décarbonne pas mécaniquement l’acier mondial. La deuxième, c’est la dépendance assumée aux aides publiques : dans son annual report 2024, ArcelorMittal écrit noir sur blanc que sa stratégie repose sur l’hypothèse que 50 % du coût total de la décarbonation soit couvert par des financements publics, faute de quoi la compétitivité européenne serait menacée. La troisième tension est sociale et politique : alors même que le groupe a généré 4,9 milliards de dollars de cash-flow opérationnel en 2024 et poursuivi ses rachats d’actions, il a annoncé environ 600 suppressions de postes sur sept sites français en 2025, dans un contexte dénoncé par Reuters. Enfin, l’équation technique reste incomplète : même avec plus de fours électriques, la filière dépendra de ferrailles de qualité, de DRI compétitif, d’hydrogène abordable et d’une électricité abondante, précisément les goulets d’étranglement pointés par l’ADEME.

5. Positionnement stratégique

ArcelorMittal essaie de tenir deux récits à la fois : rester un sidérurgiste mondial rentable, et devenir un fournisseur crédible d’acier bas carbone pour l’automobile, l’éolien, les réseaux et l’électrification. Son avantage réel n’est pas d’être déjà “vert”, mais d’avoir la taille, les sites, les clients et désormais quelques briques décisives, comme le contrat EDF et le redémarrage de Dunkerque. Son risque, symétriquement, est clair : si l’Europe ne protège pas mieux son marché et ne stabilise pas enfin le cadre CBAM-électricité-aides, la décarbonation restera un discours sous condition.

Verdict WattsElse

ArcelorMittal ne vend pas encore la sidérurgie réconciliée avec le climat ; il vend une transition négociée, lente, subventionnée et politiquement exposée. Le groupe peut devenir un pilier de l’acier bas carbone européen, mais seulement si l’écosystème public paie sa part du pari.

Sources : corporate.arcelormittal.com · corporate.arcelormittal.com · france.arcelormittal.com · corporate.arcelormittal.com · entreprises.gouv.fr · librairie.ademe.fr · france.arcelormittal.com · revolution-energetique.com · usinenouvelle.com · france.arcelormittal.com · reuters.com

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