Buzzi Unicem S.p.A.
Buzzi Unicem, devenu Buzzi SpA, n’est pas une start-up verte: c’est un poids lourd du ciment, donc de l’un des procédés industriels les plus carbonés qui soient.
À propos de Buzzi Unicem S.p.A.
1. Modèle économique
Buzzi vit d’un métier simple et brutalement industriel: produire et vendre du ciment, du clinker et du béton prêt à l’emploi sur plusieurs marchés, avec une forte exposition aux États-Unis, à l’Italie et à l’Europe centrale. En 2024, le groupe a vendu 26,3 millions de tonnes de ciment et 9,7 millions de m³ de béton prêt à l’emploi, pour un chiffre d’affaires consolidé de 4,313 milliards d’euros et un EBITDA de 1,276 milliard d’euros, dans un marché globalement mou mais soutenu par les prix de vente (résultats 2024, Annual Report 2024). L’Italie a tenu grâce aux chantiers liés au PNRR, tandis que les États-Unis ont bénéficié de la dynamique des travaux publics et du non-résidentiel (résultats 2024). Buzzi a aussi redessiné sa carte: sortie d’Ukraine, prise de contrôle à 100% de NCPAR au Brésil pour environ 300 millions d’euros, avec à la clé 5 cimenteries intégrées, 2 centres de broyage et 7,2 Mt/an de capacité (acquisition Brésil).
2. Impact réel
Le cœur du problème ne change pas: le ciment reste un matériau à émissions de procédé, parce que le clinker libère du CO2 en cuisant le calcaire. Buzzi affiche pour 2024 des émissions nettes spécifiques de scope 1 à 593 kg de CO2 par tonne de produit cimentaire, avec un objectif intermédiaire inférieur à 500 kg/t d’ici 2030 et le net zero en 2050 (performance environnementale, roadmap net zero). C’est un progrès, mais on reste très loin d’un matériau “propre”. Le groupe investit sur les leviers classiques du secteur: baisse du taux de clinker, combustibles alternatifs, efficacité énergétique, électricité renouvelable et captage du CO2 (Annual Report 2024). Le dernier chiffre public détaillé sur les combustibles alternatifs montre toutefois une substitution thermique de 29,2% en 2023, avec 8,5% d’énergie issue de la biomasse: utile, mais encore loin d’un basculement total hors fossiles (Sustainability Report 2023). Et le contexte sectoriel rappelle la dure réalité: l’ADEME estimait que, technologies identifiées en main, le ciment ne réduirait au mieux ses émissions que de 54% alors que la trajectoire française vise -81% en 2050.
3. Innovations / partenariats
Buzzi ne reste pas immobile. En 2024, le groupe a consacré environ 89 millions d’euros de capex industriels à la décarbonation et à l’amélioration environnementale (Annual Report 2024). À Monselice, le pilote de captage CO2 mené avec Nuada a bouclé ses essais fin 2024 avec des performances jugées conformes aux attentes; à Vernasca, Buzzi héberge les démonstrateurs du projet européen HERCCULES, centré sur le captage, la minéralisation et le stockage; le consortium CI4C pousse en parallèle l’oxyfuel en Allemagne (Annual Report 2024). Côté matériaux, Buzzi Unicem USA a pris part au tour de table de Queens Carbon et prépare à Stockertown un pilote de 2 000 tonnes/an de SCM carbon-neutral, après une aide ARPA-E de 14,5 millions de dollars.
4. Greenwashing / zones grises
La zone grise majeure, c’est que Buzzi vend une promesse de décarbonation dans un secteur où la physique reste souveraine. Sa propre feuille de route reconnaît que le CCUS est “le levier auquel est confiée la plus forte réduction”, mais aussi celui qui dépend d’infrastructures de transport et de stockage du CO2, d’acceptabilité publique et de soutien gouvernemental (roadmap net zero). Autrement dit: sans réseaux CO2, sans permis, sans cash public ou quasi-public, l’équation reste incomplète. Deuxième tension, plus politique: la roadmap climat exclut la Russie du périmètre consolidé de décarbonation, alors que les résultats 2024 montrent encore 294 millions d’euros de chiffre d’affaires dans ce pays (roadmap net zero, résultats 2024). Enfin, le choc réglementaire monte: avec le CBAM et la fin progressive des quotas gratuits ETS jusqu’en 2034, le carbone cesse d’être une externalité abstraite pour devenir un coût stratégique central (Homaio, Contexte).
5. Positionnement stratégique
Buzzi se place clairement comme cimentier en transition plutôt que comme pur acteur “bas carbone”. Sa force, c’est le bilan: trésorerie nette positive, marges solides, capex en hausse, portefeuille géographique réorganisé (résultats 2024). Son pari stratégique est limpide: financer aujourd’hui les briques techniques de la décarbonation pour rester compétitif demain, alors même que le secteur sait déjà, avec France Stratégie, que l’argile calcinée est bien moins coûteuse que le CCS, mais insuffisante seule pour fermer l’équation.
Verdict WattsElse
Buzzi Unicem avance sérieusement, mais dans un métier où le discours climatique se fracasse vite sur les fours, le clinker et les infrastructures CO2 qui n’existent pas encore à l’échelle. Un cimentier crédible dans l’effort, pas encore dans la preuve finale.
Sources : buzzi.com · sustainability.buzzi.com · buzzi.com · sustainability.buzzi.com · sustainability.buzzi.com · sustainability.buzzi.com · librairie.ademe.fr · buzziunicem.it · buzziunicemusa.com · homaio.com · contexte.com · strategie.gouv.fr
Données clés
- Fondée
- 2014
- Siège
- Paris, France ↗
Identifiants publics
- SIREN
- 394648216
- Wikidata
- Q111767047
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