CEMEX
Le géant mexicain du béton et du ciment ne fait pas de l’éolien pour vendre du courant : il achète de la puissance verte pour tenir une trajectoire industrielle sous tension climatique et financière.
À propos de CEMEX
1. Modèle économique
Cemex est une multinationale des matériaux de construction (ciment, béton, granulats), cotée et présente sur plusieurs continents, dont l’Europe — un profil industriel lourd où l’électricité et les combustibles sont des intrants critiques du coût marginal. Selon les chiffres consolidés figurant dans le rapport du quatrième trimestre 2025, le groupe a réalisé environ 16,1 milliards de dollars de ventes nettes en 2025, sur fond de marchés contrastés, et comptait 39 462 salariés au 31 décembre 2025 contre 44 009 un an plus tôt — contraction qui reflète à la fois le recentrage du portefeuille et la pression sur certaines géographies. La stratégie passe aussi par des cessions : la documentation réglementaire américaine décrit un programme de 2,2 milliards de dollars de désinvestissements non stratégiques bouclés en 2024 pour alléger la structure du bilan (dépôt SEC). Dans ce cadre, les contrats long terme d’approvisionnement en renouvelables — PPAs physiques ou équivalents — fonctionnent comme une couverture prix-carbone pour sécuriser la marge sur des actifs très énergivores.
2. Impact réel
Sur le périmètre Scope 2, la trajectoire affichée est quantitative : 36 % de l’électricité consommée dans les cimenteries proviendrait de sources « propres » (EnR et récupération de chaleur fatale) en 2024, avec une ambition portée à 65 % d’ici 2030 assortie d’une réduction des émissions indirectes de 58 % par rapport à 2020 selon la définition opérationnelle détaillée dans la note du groupe sur l’électricité propre. Les données agrégées du rapport intégré 2024 permettent aussi de suivre la progression du programme « Future in Action », incluant une baisse de l’ordre de 15 % des émissions Scope 1 par tonne de produit cimentier depuis 2020 — signal réel, même s’il reste à rapprocher du challenge structurel du secteur : la fabrication traditionnelle du ciment reste parmi les procédés les plus émetteurs de l’industrie lourde (Connaissance des Énergies). À l’échelle française, les travaux de l’ADEME sur le plan de transition de la filière cimentière rappellent que la décarbonation passe par un bouquet — efficacité, substitutes, énergies renouvelables et captage — ce qui cautionne la lecture « EnR + CCUS » défendue par Cemex sans en minoriser la complexité.
3. Innovations / partenariats
Les signatures récentes donnent une matière concrète au discours « bas carbone ». En Pologne, un PPA de huit ans avec Statkraft entré en vigueur au 1ᵉʳ janvier 2025 permettrait de couvrir environ 30 % des besoins électriques annuels des installations concernées via un mix éolien et photovoltaïque cadencé sur l’année — une structure rare encore sur ce marché. Parallèlement, un partenariat avec EDP vise le déploiement de plus de 14 MWc solaires en Pologne et en Allemagne, avec une mise en ligne annoncée pour début 2026 (World Cement). Sur la partie « durabilité produit », le groupe revendique une montée en puissance de la gamme Vertua, avec 63 % du ciment et 55 % du béton vendus sous cette étiquette en 2024 (rapport intégré 2024). Enfin, le projet CO₂LLECT à Rüdersdorf — captage et chaîne logistique jusqu’au stockage offshore — s’appuie sur une enveloppe de 157 millions d’euros attribuée par le Fonds européen pour l’innovation, avec une ambition affichée de 1,3 Mt de CO₂ captées par an au nominal du site pilote (page projet CO₂LLECT).
4. Greenwashing / zones grises
La transparence climatique ne va pas sans paradoxes politiques : la carte de score Climate Action 100+ publiée par InfluenceMap en août 2025 attribue à Cemex seulement 29 % sur l’échelle d’évaluation des processus de révision du lobbying climatique au février 2025 — soit 4 points sur 14 — en raison notamment du pilotage encore lacunaire des désalignements via les associations professionnelles (fiche InfluenceMap). Sur le plan comptable, le quatrième trimestre 2025 rappelle que les narratifs « verts » peuvent coexister avec des chocs de valeur : la société enregistre une perte nette d’environ 356 millions de dollars sur la période après dépréciations massives du goodwill américain (rapport T4 2025), ce qui interroge la valorisation résiduelle de certains actifs historiques dans un monde réglementaire plus exigeant. Par ailleurs, une part substantielle des projets pilotes CCUS dépend encore des mécanismes publics européens — mécanisme puissant pour absorber le risque technologique, mais aussi levier sensible si les enveloppes budgétaires se raréfient. Reste enfin la contrainte physique du four à clinker : même avec une grille électrique « propre », le cœur thermique du procédé reste le goulot d’étranglement carbone — écart souvent sous-joué dans les communications centrées sur les pourcentages d’EnR.
5. Positionnement stratégique
Pour Cemex, « faire du renouvelable » n’est pas un pivot sectoriel vers la production d’énergie : c’est un levier compétitif dans une industrie où les acheteurs d’infrastructure et les bailleurs de fonds verts filtrent désormais les scopes et les attributs produits. Le groupe capitalise sur une reconnaissance externe récente — présence sur la « A List » climat du CDP en 2025 selon l’annonce corporate relayée en janvier 2026 (Business Wire) — tout en poursuivant la mue du mix énergétique européen via PPAs et PV.dans un contexte où la Programmation pluriannuelle de l’énergie et les objectifs européens d’accélération renouvelable tendent à industrialiser ces instruments pour les gros consommateurs. Le signal financier demeure ambivalent : le résultat net annuel résiste partiellement grâce aux autres régions, mais la dépréciation américaine injecte une dose de réalisme sur la valeur économique des acquisitions passées.
Verdict WattsElse
Cemex incarne le paradoxe du « producteur du siècle du béton » : une conquête électrique spectaculaire sur le papier, mais toujours rivée au thermisme du clinker et aux aléas de valorisation boursière — du vert sur la ligne, du rouge encore dans le four.
Sources : cemex.com · sec.gov · cemex.com · cemex.com · connaissancedesenergies.org · librairie.ademe.fr · statkraft.pl · worldcement.com · businesswire.com · co2llect.de · ca100.influencemap.org · businesswire.com
Données clés
- Fondée
- 1906
Identifiants publics
- Wikidata
- Q1053348
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