Endesa
Leader historique en Espagne, Endesa avance avec deux jambes qui ne vont pas au même rythme : un récit très offensif sur l’électrification et les renouvelables, et une réalité encore solidement ancrée dans le gaz, le nucléaire et les revenus régulés.
À propos de Endesa
1. Modèle économique
Endesa gagne sa vie sur toute la chaîne électrique : production, distribution, fourniture, gaz et services d’électrification. En 2024, le groupe a réalisé 21,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 5,29 milliards d’EBITDA, 1,89 milliard de résultat net et 2,06 milliards d’investissements bruts, avec un point fort très clair : 900 millions d’euros injectés dans le réseau de distribution dont il reste l’opérateur de référence en Espagne (résultats 2024). Endesa revendique environ 9 000 salariés, plus de 10,2 millions de clients électricité et 1,78 million de clients gaz fin 2024 (résultats 2024). Son vrai matelas économique, ce sont donc des flux diversifiés : vente d’électricité, activité réseau régulée, portefeuille gazier et services à valeur ajoutée via l’électrification des usages. Cette intégration la protège mieux que des producteurs renouvelables purs contre les trous d’air de marché, mais la rend aussi plus exposée aux arbitrages réglementaires.
2. Impact réel
Le bilan climatique d’Endesa s’améliore, sans être encore celui d’un champion 100 % renouvelable. En 2024, 86 % de l’électricité produite provenait de technologies non émettrices au sens du groupe, c’est-à-dire renouvelables et nucléaire ; la part strictement renouvelable de sa production électrique s’est établie à 29,76 %, avec 17,8 TWh produits, en hausse de 25 % sur un an, pour 10,1 GW de capacité renouvelable installée (résultats 2024, plan de durabilité 2025-2027). Le groupe affiche un cap de zéro émission en 2040, l’arrêt complet du charbon d’ici 2027 et la sortie de la vente de gaz à cet horizon (plan de durabilité 2024-2026). Mais il faut garder l’échelle en tête : l’Espagne dans son ensemble a déjà produit 56 % de son électricité à partir de renouvelables en 2024, et vise 81 % de génération électrique renouvelable en 2030 dans son PNIEC 2023-2030, tandis que Red Eléctrica souligne l’accélération du système espagnol. Endesa progresse donc, mais moins vite que le récit global de “l’électricité verte” pourrait le laisser croire si l’on isole ses seules EnR.
3. Innovations / partenariats
L’entreprise pousse ses pions sur plusieurs fronts. Côté contrats, elle a signé en 2025 un PPA éolien de long terme avec Verbund en Espagne, prolongeant une stratégie qui représente déjà près de 3 TWh/an de PPAs selon le groupe (PPA Verbund). Elle a aussi renouvelé son partenariat avec FEDA, l’énergéticien public andorran, avec un contrat qui doit couvrir 30 % de la consommation électrique de FEDA en énergie renouvelable à partir de 2028 (accord FEDA). Enfin, sa maison mère Enel a finalisé un accord avec Masdar sur un portefeuille photovoltaïque de 2 GW en Espagne, avec des PPAs de 15 ans attendus côté Endesa (Enel-Masdar). Le signal est net : Endesa ne vend plus seulement des kilowattheures, elle sécurise des volumes, des actifs et des clients dans la durée.
4. Greenwashing / zones grises
La première zone grise, c’est l’usage du label “non émetteur” qui additionne renouvelables et nucléaire : c’est défendable dans une logique carbone, mais beaucoup plus discutable si l’on veut mesurer la vitesse réelle de bascule vers les EnR. La deuxième, c’est le gaz, qui reste un pilier commercial et opérationnel : Endesa a encore vendu 62,2 TWh de gaz à ses clients en 2024, et le groupe reconnaît que la baisse des ventes de gaz tient notamment au recul de la demande des centrales à cycle combiné (résultats 2024). La troisième tension est réglementaire : son grand récit d’électrification repose sur des investissements réseau massifs, mais leur rentabilité dépend directement du cadre fixé par la CNMC pour 2026-2031, un sujet suffisamment sensible pour nourrir une bataille ouverte avec le régulateur (Reuters). En clair, Endesa veut apparaître comme solution industrielle de la transition, mais une part importante de sa création de valeur reste adossée à des actifs fossiles résiduels et à des règles publiques.
5. Positionnement stratégique
Endesa se positionne comme le grand intégrateur ibérique de la transition : réseau, production décarbonée, mobilité électrique, PPAs, services aux collectivités et aux entreprises. Le pari est cohérent avec le durcissement du PNIEC espagnol et avec la nécessité, souvent rappelée par Connaissance des Énergies, d’investir plus fort dans les réseaux ibériques. Son opportunité est immense ; son test de crédibilité sera simple : transformer sa puissance historique en accélérateur renouvelable, pas seulement en rente régulée modernisée.
Verdict WattsElse
Endesa n’est pas l’icône verte qu’elle aimerait parfois suggérer, mais un poids lourd qui compte vraiment dans la décarbonation ibérique. Sa force est aussi son procès permanent : pour convaincre, elle devra prouver qu’elle sait sortir du gaz aussi vite qu’elle sait monétiser le réseau.
Sources : endesa.com · endesa.com · endesa.com · lamoncloa.gob.es · ree.es · endesa.com · endesa.com · enel.com · reuters.com · connaissancedesenergies.org
Explorez l'annuaire complet des acteurs de la transition
Autres acteurs de l'écosystème
Solar park Nihošovice as
Ce n’est pas une « success story » exportable en slide ESG : Solar park Nihošovice a.s.
Voir la ficheEolink
L’éolien flottant à la française, pyramide et grand large, pour rendre l’offshore deluxe plus accessible — avec un brin d’optimisme breton.
Voir la ficheBourgeois Global
La marque ne fabrique pas au coin de la rue : elle emballe un PV résidentiel tout-en-un, porté par Solipac puis par le groupe Martin Belaysoud, avec un maillage qui s’est multiplié en quelques mois.
Voir la ficheENERGIAS AMBIENTALES DE SOMOZAS S.A.
Somozas, en Galice, incarnateur du repowering à l’espagnole : quatre-vingt-onze petites turbines retirées, neuf machines neuves financées avec des milliards européens, et des comptes d’entreprise qui racontent autre chose qu’un simple tableau de bilan d’utility.
Voir la ficheKaweah River Power Authority
La Kaweah River Power Authority n’est pas une « supermajor » : c’est une autorité publique conjointe née du bassin Kaweah, coincée entre le lac de retenue du Corps du génie américain, les lâchers d’eau pour l’agriculture et un contrat de longue date avec une grande distribution.
Voir la ficheAmoco
** Amoco n’est plus une major autonome : c’est l’étiquette premium d’un réseau américain de stations-service, réactivée par BP après des années sous la bannière bleue et verte.
Voir la ficheSISTEMAS ENERGETICOS DEL MONCAYO S.A.
Une société cotée comme productrice d’électricité verte, dont les comptes 2024 crient la fragilité, pendant que la marque « Moncayo » circule aussi sur les plans de sous-stations et sur des dossiers environnementaux d’Aragon et de Castille-et-Léon.
Voir la ficheParamount Petroleum
Le nom évoque encore le bitume et les routes de Californie ; l’actualité, elle, est celle d’une usine devenue symbole des promesses d’aviation « bas carbone »…
Voir la ficheTECHNIWOOD
Techniwood est l’industriel français du panneau de façade bois préfabriqué qui a fait du Panobloc® sa signature : une enveloppe hors-site présentée comme biosourcée et bas carbone, poussée sur l’habitat, le tertiaire et le public.
Voir la ficheBIOMAR AS
À première vue cataloguée en « autres énergies », BioMar est en réalité un pilier mondial du fourrage aquacole — saumon, crevettes, espèces de niche — dont la métamorphose bas-carbone se joue davantage dans les sous-produits et l’électrification des fours industriels que sur un marché de l’électricité.
Voir la ficheArangar
Identité vérifiée : il s’agit du distributeur et intégrateur Arangar opérant depuis le Mexique (offre solaire, logistique, appels d’offres), et non d’homonymes géographiques ou d’autres groupes.
Voir la ficheTotalEnergies renouvelables
Deux noms, un même groupe : TotalEnergies Renouvelables France — héritière de la fusion Quadran (2013) entre JMB Énergie et Aérowatt, intégrée à Direct Énergie puis à TotalEnergies — opère des centrales renouvelables sur le territoire ; à l’échelle mondiale, le segment Integrated Power incarne la montée en puissance de l’électricité et des EnR dans un…
Voir la fichePowerdot
Le nom « Powerdot » renvoie d’abord, sur les encyclopédies en ligne, à un paquet de présentation LaTeX — homonyme trompeur.
Voir la ficheWATTNOW FRANCE
Wattnow France vend une idée simple, presque imparable: si vous mesurez enfin vos kilowattheures en temps réel, vous arrêtez de piloter vos sites à l’aveugle.
Voir la ficheKALYON PV
Usine photovoltaïque intégrée lancée dans le sillage des appels d’offres YEKA, Kalyon PV incarne la Turquie « verticalisée » : géants au sol, silicones en Ankara, ambitions export.
Voir la ficheUniversität Stuttgart
Fondée en 1829, l’Université de Stuttgart incarne une technische Universität très exposée aux enjeux de la transition industrielle ; ce n’est pas un opérateur « pétrole & gaz », même si certains filtres sectoriels peuvent y rattacher recherche industrielle et chaînes défossilisées — le cœur du récit réside dans le paradoxe : infrastructures encore fossiles…
Voir la ficheENERGÍAS AMBIENTALES SOMOZAS, S.A.
Energías Ambientales Somozas (forme registrale : Energías Ambientales de Somozas, S.A.) incarne à elle seule la mutation brutale de l’éolien mature : démanteler un parc historique à la maille fine pour le remplacer par une poignée de machines high-tech, avec l’argent public européen dans le moteur et un bilan micro-entreprise qui crie la dépendance au…
Voir la ficheUNIVERSITY OF TECHNOLOGY, KAUNAS
Une université peut-elle faire école sur l’Énergie ?
Voir la ficheUSP
Dès l’abord, un avertissement utile : derrière « USP », plusieurs mondes coexistent.
Voir la ficheH2MINES – Carnot M.I.N.E.S
H2MINES n’est pas une start-up ni une ETI : c’est le groupe thématique hydrogène de l’Institut Carnot M.I.N.E.S, fédération de laboratoires français (Mines Paris – PSL, IMT, ENSTA, etc.).
Voir la ficheGrupo Energías Renovables
En 2025, Grenergy franchit pour la première fois le milliard d’euros de chiffre d’affaires dans un marché où le stockage fait office de nouvelle frontière industrielle.
Voir la ficheMaoneng Australia
Solar et batteries à l’échelle utilitaire en Australie : le nom Maoneng est resté collé à des actifs emblématiques (Sunraysia, Mornington) alors que la gouvernance a changé de mains en quelques années : prise de contrôle par GMR Energy puis restructuration vers Valent Energy derrière des fonds asiatiques.
Voir la ficheGeneradora Metropolitana
À Santiago comme dans le désert d’Atacama, Generadora Metropolitana incarne le pari d’une filiale électrique « binationale » : moitié EDF (France), moitié AME (Chili), accrochée aux grands comptes industriels et minière.
Voir la fiche