Fil & Fab
D’une association d’étudiants (2015) à une des tentatives les plus visibles de filière « filets de pêche → plastique recyclé » en France, Fil & Fab a porté haut l’économie circulaire côtière — jusqu’au verrou du cash-flow et d’un calendrier réglementaire et automobile qui ne s’est jamais aligné.
À propos de Fil & Fab
1. Modèle économique
Basée à Plougonvelin (Finistère), l’entité a pris sa forme sociétaire en 2019 ; la genèse remonte à une association créée en 2015 par des étudiants, selon le récit de la presse locale (Le Télégramme). L’offre cœur : collecter des filets de pêche usagés sur les côtes, les transformer en granulés de polyamide 6 commercialisés sous la marque Nylo®, pour alimenter plasturgistes et marques souhaitant du PA6 100 % issu de filets (lunetterie, design, partenariats BtoB) — le site corporate décrivait ainsi une chaîne Du port au granulé (l’adresse a pu subsister au-delà de la procédure). Les revenus sont restés d’ordre de très petite structure : 40 000 € de chiffre d’affaires en 2021 et 100 000 € en 2022, d’après le témoignage en date du 12 janvier 2023 dans *Le Journal des Entreprises*. L’endroit des financements a été public et amorcé : en parallèle, l’entrepreneur Yann Louboutin citait 100 000 € de prêt bancaire, 140 000 € de subvention FEAMP et 150 000 € de prêt participatif via France Active, tandis qu’une logique de première levée (ordre de 550 000 € évoqué début 2023, accélérateur Aaticka) visait à financer machines et débouchés. En 2022, un autre article du *Télégramme* faisait état d’un projet d’investissement d’environ 1,6 million d’euros et d’appels de fonds, sans que le dénouement de cette montée en charge soit devenu public — signal utile de l’écart structurel entre ambition d’usine et capacité de financement d’une microstructure. L’effectif rapporté à l’été 2025 : trois salariés (Le Télégramme).
2. Impact réel
Filiaire utile côté déchets maritimes : dès 2020, l’exemple cité par la FAO rappelait qu’en l’absence de filière structurée, « les filets finissent enfouis, incinérés ou sont partiellement recyclés hors de France » — un constat d’évitement des pires filières de fin de vie (FAO) auquel la démarche bretonne répondait. La broyerie et la réintégration en PA6 secondaire vont à l’encontre de l’enfouissement pur ; l’enjeu, plutôt qu’un décompte de « CO₂ évité » publié par l’entreprise, est la réduction de fuites de plastique vers la mer et le gaspillage de ressource technique — en phase avec l’injonction, largement reprise au niveau public, de l’économie circulaire sur les filets évoquée notamment côté ADEME (d’autres territoires ayant, eux, routé leurs filets vers des opérateurs étrangers). Aucun bilan GES ou facteur d’émissions n’a été trouvé dans les sources accessibles ici : pour une telle taille, l’empreinte reste surtout celle d’une unité de transformation (énergie, transport des filets) — comparable en ordre de grandeur sectoriel à une plasturgie de rebroyage, sans que des chiffrages 2022–2025 aient été publiés. Aucun rapport RSE/CSRD n’a été identifié pour cette structure ; PPE3 n’oriente pas le recyclage d’un PME isolé, mais cadrer la comparaison : la programmation pluriannuelle de l’énergie (troisième PPE) inscrit la France dans une logique d’électrification et d’économie d’énergie de la demande, où la plasturgie et l’industrie restent exposées au coût de l’énergie et donc sensibles à tout report d’offtake — fil direct avec le récit de Fil & Fab. Aucun article ciblé sur l’entreprise n’a été repéré, dans ces recherches, sur *Connaissance des Énergies* ni *Greenunivers* ; le traitement a surtout été régional et professionnel (JDE, Bretagne Économique, presse finistérienne, FAO).
3. Innovations / partenariats
La fiche d’innovation tient moins à un brevet unique qu’au nœud collecte / broyage / certification : en 2025, le dirigeant indiquait avoir obtenu en six mois la certification ISO 9001 pour l’agrément fournisseur auprès d’achats industriels (source *Bretagne Économique*). Côté image et distribution, l’entité avait noué des coopérations avec Armor Lux, Rip Curl, Ulysse Nardin, Naturplast, Ker (couteau Glenn), Tahe Outdoors (surf), entre autres — l’arbitrage, raconté au *JDE* en 2023, ayant basculé d’objets design vers matière première pour d’autres industrialiseurs (Le Journal des Entreprises). *Bretagne Économique* documentait en parallèle des levées de fonds antérieures pour structurer la filière, sans que la phase « scale-up » tienne financièrement jusqu’en 2025.
4. Greenwashing / zones grises
Le discours n’était pas celui d’une teinte de vert sans procédé : l’amont collecte portuaire et la granulation rendaient l’histoire vérifiable côté filière, au prix d’une exposition à la dépendance aux débouchés plasturgiques (dont l’automobile comme horizon mentionné) et au rythme d’exécution de la loi AGEC / décrets d’intégration de recyclé (retards politiques pointés *a posteriori* dans *Bretagne Économique*). Tension de fond : le PA6 demeure un polymère d’origine pétrochimique ; le recyclage ne neutralise pas l’addiction du système au fosse entre demande d’espace marketing « océan » et cycle réel d’adoption BtoB. Autre nœud : subventions (FEAMP, dispositifs locaux) et aides bancaires — classiques en amorçage — réorientent le risque vers le contribuable si le marché n’absorbe pas assez vite la tonnage cible (les porteurs avaient visé, selon *Bretagne Économique*, le passage d’environ 10 t/an de filets à 150 t/an dès la première année d’industriel planifié 2025, non atteint faute de trésorerie). Enfin, la dépression du marché automobile en Europe a été explicitement invoquée comme facteur d’ajournement de commandes — moins du greenwashing qu’un désalignement du cœur de cible avec la tête de gondole (montres, mode) qui, elle, tournait déjà.
5. Positionnement stratégique
Sur le papier, Nylo® comblait un trou français entre déchet côtier et granulé plastique propre à la moulage : utile sur la feuille de route de déplastification ciblée (filets) et d’économie circulaire côtier (cadrage ADEME sur ce type d’enjeu). Stratégiquement, l’enjeu n’était plus la notoriété (elle était acquise) mais la fenêtre industrielle : l’interview de clôture dans *Bretagne Économique* dresse un bilan lucide d’un décalage entre filière quasiment prête (ISO, partenaires, ports) et marché d’offtake qui déroge. En 2025, le signal le plus clair n’est plus une levée : c’est l’arrêt judiciaire qui referme l’expérience d’infrastructure légère au bord de l’échelle** nécessaire.
Verdict WattsElse
Dans l’histoire des débuts d’innovation en transition matériau, Fil & Fab illustre la ligne de partage : une démonstration technique et territoriale crédible (filets, granulé, ISO, marques) n’en fait pas une industrie si la poutre de tonnage et la ligne de trésorerie ne tiennent pas la courbure des décalages réglementaires et cycliques. Belle idée, petit moteur, grand marché qui n’arrive jamais à l’heure — c’est ici, au Finistère, en septembre 2025, qu’on mesure l’écart entre ambition d’infrastructure circulaire et régime de vitesse d’un pays qui retarde ses débouchés imposés, pendant que l’eau du Bresto pousse ailleurs les déchets qu’on prétend boucler**.
Sources : letelegramme.fr · fil-et-fab.fr · lejournaldesentreprises.com · letelegramme.fr · fao.org · infos.ademe.fr · ecologie.gouv.fr · bretagne-economique.com · bretagne-economique.com
Explorez l'annuaire complet des acteurs de la transition
Autres acteurs de l'écosystème
Aries Solar
Vous cherchez « Aries Solar » sans pays : la trajectoire qui colle au secteur EnR, c’est une SPV sud-africaine du REIPPPP, à onze mégawatts près de Kenhardt, aujourd’hui pilotée par Globeleq.
Voir la ficheHapp-e
** Lancée en 2014 pour capter le client connecté, happ-e by ENGIE joue la carte du 100 % en ligne et des contrats indexés.
Voir la fichePARQUE EOLICO EL HINOJAL S.L.
À première vue, c’est une ligne comptable espagnole ; à Tarifa, sur le détroit de Gibraltar, c’est un concentré d’électricité verte, de prix de marché…
Voir la ficheEnerGas
Le libellé « EnerGas » recouvre plusieurs homonymes (équipementiers, véhicules d’investissement) ; le jeu de faits publics vérifiables ci-dessous est celui d’Énergean plc (LSE : ENOG), producteur indépendant à forte base israélienne.
Voir la ficheEurus S. A. P. I. De C. V.
Mexico (pays précisé par les sources sur la SPV, non par l’entrée brute.)
Voir la ficheLärbro SPW AB
Lärbro évoque un village du nord de Gotland, pas une géographie floue.
Voir la ficheAKTSIASELTS TEEDE TEHNOKESKUS
Filiale d’ingénierie routière longtemps portée par l’État, l’Aktsiaselts Teede Tehnokeskus file aujourd’hui vers une vente aux enchères à 2,7 million d’euros, avec calendrier serré et direction déjà positionnée comme repreneur potentiel.
Voir la ficheMai-Liao Power Corporation
Le plus gros IPP taïwanais était censé fermer trois tranches charbon en 2025 — et voilà Taipower qui parle de réallumer deux blocs entre mai et juillet 2026, au nom de la sécurité d’approvisionnement.
Voir la ficheShell Aircraft
Le nom évoque la piste et le jet-fuel, pas le glamour des salons Défense.
Voir la ficheMOLINOS DEL CIDACOS S.A.
Productrice indépendante sur le papier, cette société riojane incarne la phase « bisse » de l’éolien espagnol : actifs matures, résultat tenu mais chiffre d’affaires en chute libre, et région d’ancrage où les autorisations neuves se grippement en 2026.
Voir la ficheMeralco
Monopole de distribution sur la mégalopole, machine à cash régulée et désormais producteur en quête d’échelle : Meralco incarne la tension d’un grand réseau asiatique — rassurant pour les actionnaires, exposé au charbon national qu’il ne contrôle pas tout à fait.
Voir la ficheCETIAT (Centre Technique des Industries Aérauliques et Thermiques)
Le hub français de la thermique et aéraulique, où l'air et l'énergie se croisent sous haute tension règlementaire avec un zeste d'ingéniosité publique.
Voir la ficheDCP Midstream Partners
Elle ne cotait plus à New York depuis juin 2023, mais son empreinte industrielle, elle, s’est étalée sur des dizaines de milliers de kilomètres de réseau.
Voir la ficheVopak
Le géant néerlandais du stockage ne « fabrique » pas l’énergie : il en conditionne les flux.
Voir la ficheTermoChilca S.A.C.
Dans une Pérousade par le prix du gaz, une filière de l’aciériste-répartiteur Corporación Aceros Arequipa tient une carte maîtresse : trois cents mégawatts fossiles sous le couvert d’investisseurs qui parlent certification et transition.
Voir la ficheRio Tinto - Argyle Diamond Mines
L’ex-mine de diamants Argyle, dans l’est du Kimberley (Australie-Occidentale), n’est ni un gisement ni une plateforme offshore : c’est une cathedral industrielle de la joaillerie, sortie de piste depuis 2020, que Rio Tinto prétend refermer « proprement » d’ici 2026.
Voir la ficheOOO "Kurgan TEZ"
Une centrale à cycle combiné au gaz qui structure le chauffage régional ne vit pas seulement au rythme du marché de l’électricité : elle se retrouve prise dans les ressorts du Parquet, du bilan et des sanctions sur les turbines.
Voir la ficheImerys (United Kingdom)
Le gel du projet Imerys British Lithium (IBL), annoncé en février 2026, recale la promesse d’un « hub » lithium britannique tout en laissant un socle géothermique régional — voisins inclus — sans filière industrielle lithium mature chez Imerys UK.
Voir la ficheJL&P Engineering
Le groupe JL&P ne « fait » pas l’énergie : il fait passer les stations, les autoroutes et les grands sites du dessin à la conformité ICPE, dans un mélange encore très hydrocarbures, déjà très électrique et de plus en plus hydrogène.
Voir la ficheATCO and Origin Energy
** Il ne s’agit pas d’un seul géant mondial sous un titre fourre-tout, mais de deux trajectoires distinctes — l’ Australienne Origin Energy, lovée dans le LNG (APLNG) et encore accrochée au charbon Eraring jusqu’à 2029, et l’ canadienne ATCO, géant des infrastructures et des concessions gazières réglementées qui affiche tout en même temps une forte baisse…
Voir la ficheKobelco Power Kobe Inc.
Subsidiary à 100 % de Kobe Steel (marque Kobelco), Kobelco Power Kobe Inc.
Voir la ficheAustralian Nuclear Science and Technology Organisation
L’ANSTO est le cerveau et l’usine discrète d’une dépendance nationale australienne aux examens à la Tc-99m, coincée entre un réacteur de recherche, un synchrotron sous pression et une impasse sur les déchets.
Voir la ficheKuwait Petroleum International
Kuwait Petroleum International (KPI), connu en Europe sous la marque Q8, est la branche internationale de commercialisation de Kuwait Petroleum Corporation (KPC) : raffinage partagé, réseau de stations, lubrifiants, aviation.
Voir la fiche1721027 Ontario Inc O/A Becker Cogeneration Plant
L’entité 1721027 Ontario Inc., connue sous le nom Becker Cogeneration Plant, est bien la coquille juridique historique de l’usine de Hornepayne (Ontario, Canada) : le registre public des dossiers d’arrangement (CCAA) l’associe explicitement à ce nom commercial, et la décision de 2016 de l’Ontario Energy Board a porté sur le transfert de sa licence de…
Voir la fiche