Petronas
À Kuala Lumpur, Petronas soigne un récit de « groupe énergétique mondial » et de transition responsable.
À propos de Petronas
1. Modèle économique
Petroliam Nasional Berhad (Petronas) est le champion étatique malaisien de l’amont et de l’aval hydrocarbures, créé en 1974 et piloté depuis Kuala Lumpur. La manne budgétaire de Kuala Lumpur repose encore largement sur ses dividendes ; le gouvernement tablait ainsi sur 20 Mds RM de dividendes pour 2026, niveau qualifié par la presse financière de plus bas depuis neuf ans au moment du budget (Reuters), confirmé lors de l’annonce officielle de février 2026 (FMT). Sur l’exercice clos 31 décembre 2025, le groupe publie un chiffre d’affaires de 266,1 Mds RM, un profit net de 45,4 Mds RM (–18 %), et un capex de 41,6 Mds RM orienté majoritairement vers l’upstream (communiqué Petronas). Le gaz reste structurel : dans le débat public malaisien sur le monopole, la filière gaz est présentée comme pesant plus de 40 % du chiffre d’affaires, soit plus de 119 Mds RM sur la base des montants 2025 évoqués (analyse FMT). L’effectif consolidé du groupe n’apparaît pas sous une ligne unique dans les extraits financiers 2026 parcourus ; les métadonnées transmises pour cette fiche situent l’ordre de grandeur autour de 34 000 postes — seuil à recouper avec le prochain rapport intégré.
2. Impact réel
Sur le climat, le bilan opérationnel 2025 est tendu : 56,95 Mt CO₂e (scopes 1 et 2), en progression de 2,2 % par rapport à 2024, avec la mise en avant par le groupe de facteurs techniques (transferts d’opérateurs sur des contrats, tension sur le champ Kasawari) (Reuters). En sens inverse, Petronas affiche une réduction de 72 % des émissions de méthane sur la même année, au-delà d’une cible intermédiaire de –50 % ( même dépêche). Côté renouvelables, la filiale Gentari revendique 8,4 GW cumulés « installés et en construction » au 30 juin 2025 (bilan Gentari), dans une trajectoire ouverte vers 30 à 40 GW d’ici 2030 (documentation groupe et feuille de route Gentari). Petronas indique par ailleurs consacrer 20 % du capex total sur 2022–2026 à la décarbonisation et aux solutions « propres » (Activity Outlook 2024–2026). Aucune fiche ADEME, article PPE3 ni synthèse Connaissance des Énergies ne porte à notre connaissance un profil spécifique sur Petronas ; l’ADEME reste utile pour le cadre scénaristique européen (scénarios de transition), la PPE pour les volumes nationaux français (programmation pluriannuelle), sans ligne directe vers ce groupe.
3. Innovations / partenariats
Le rapport intégré 2024 met en avant des briques concrètes : 363 MW de solaire mis en service en Inde via Amplus, un accord pour environ 1 GW de solaire flottant sur le barrage de Murum (Sarawak) notamment avec Masdar, et plus de 1 000 bornes de recharge déployées par Gentari (strategic review PDF). Sur les biocarburants avancés, Enilive et Euglena ont passé avec Petronas la décision d’investissement finale d’une bioraffinerie à Pengerang (650 000 t/an de MPBR, SAF/HVO) (communiqué Eni). Politique Régionale : Gentari vise jusqu’à 8 GW de renouvelables et stockage en Australie d’ici 2030 (The Guardian). Enfin, le groupe pousse un Activity Outlook 2026–2028 centré sur l’écosystème industriel malais de la transition (communiqué Petronas).
4. Greenwashing / zones grises
En juin 2023, l’ASA britannique a interdit une spot TV de Petronas vantant le « net zéro », au motif d’une omission d’informations matérielles sur des émissions de 45,2 Mt CO₂e en 2021 — le régulateur jugeant l’ensemble trompeur malgré des phrases isolément exactes (décision ASA). Une enquête de Bloomberg (janvier 2025) relie des plaintes sanitaires et environnementales au Soudan du Sud à un retrait du pays au 1er octobre 2024 sans audit pleinement satisfaisant pour les autorités locales selon l’article (reportage Bloomberg). Sur le plan institutionnel, le clash Petronas / Petros autour du monopole gazier et des redevances vers Sarawak expose à une décision de Cour fédérale susceptible d’affecter une part majeure du chiffre d’affaires (chronique FMT). Ce tableau rejoint l’écart 2025 entre narratif transition et courbe de GES (+2,2 %, 56,95 Mt) (Reuters).
5. Positionnement stratégique
Petronas joue la double couronne : capitaliser sur un capex upstream massif pour sécuriser les flux gaziers et pétroliers, tout en faisent de Gentari la vitrine EnR, hydrogène et mobilité du groupe (site corporate). Le pari est de capter des marchés asiatiques et océaniens en croissance électrique tout en conservant la centralité politique à Putrajaya, dans un moment où le dividende vers l’État serre et où la fragmentation réglementaire du gaz menace la magistrale malaisienne sur ses propres réserves.
Verdict WattsElse
Petronas est un majors bis dont le vert progresse en GW et en bornes, mais dont le réel carbone — et le réel politique — reste dicté par le baril, le gaz et les tribunaux plutôt que par un repositionnement radical.
Sources : reuters.com · freemalaysiatoday.com · petronas.com · freemalaysiatoday.com · reuters.com · gentari.com · petronas.com · ademe.fr · ecologie.gouv.fr · petronas.com · eni.com · theguardian.com · petronas.com · asa.org.uk · bloomberg.com · petronas.com
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