Synex (80%) / Ehattesaht Tribe (20%)
Entre hydraulique opérationnel et portefeuille éolien encore surtout théorique, le couple Synex (80 %) / Nation Ehattesaht (20 %) sur Barr Creek raconte la Colombie-Britannique : intérêts autochtones dans l’électricité propre, dette de projet, et une météo qui tape au compteur.
À propos de Synex (80%) / Ehattesaht Tribe (20%)
1. Modèle économique
Synex (devenue filiale de Sitka depuis le 1er août 2025, transaction d’environ 12 M$ CAD à 2,40 $ l’action) est un petit producteur indépendant centré sur l’hydraulique au fil de l’eau en C.-B., la distribution réglementée via Kyuquot Power Ltd sur la côte ouest de l’île de Vancouver, et un pipeline éolien issu du rachat de Sea Breeze Power (2021). Sur Barr Creek (4,4 MW, opérationnel depuis 2012 près de Zeballos), la structure publiée reste 80 % Synex / 20 % Ehattesaht First Nation, avec vente à BC Hydro selon un contrat d’achat tarifaire ; le projet a été refinancé en juin 2021 pour environ 7,5 M$ à 4,259 % jusqu’en juin 2045 (communiqué Synex sur le refinancement Barr Creek et Kyuquot). Au troisième trimestre financier clos le 31 mars 2025, le groupe déclare un chiffre d’affaires de 733 743 $, en baisse par rapport aux 929 547 $ de la même période en 2024, avec 12 MW d’hydro en exploitation déclarés dans le même texte (résultats T3 publiés le 13 mai 2025). On ne retrouve pas, dans ces extraits, d’effectif consolidé exploitable hors rapports réglementaires canadiens.
2. Impact réel
L’impact climat réside surtout dans la substitution à l’échelle régionale : l’hydro au fil de l’eau injecte dans le réseau de la C.-B., dont la grille est déjà majoritairement bas-carbone, et contribue ainsi à éviter davantage du diesel ponctuel ou des surplus fossiles hors réseau qu’à « décarboniser massivement » un mix déjà très électrique. Les communiqués cités ne donnent pas de tonnage de CO₂ évité agrégé ; un rapprochement direct avec les hypothèses PPE française ou des fiches ADEME serait trompeur ici tant la zone géographique et le référencement réglementaire diffèrent. En revanche, le volet Ehattesaht, avec le cofinancement public de 500 000 $ en 2019 dans le cadre du *First Nations Clean Energy Business Fund*, illustre l’objectif explicite d’outil rémunérateur et d’équité pour une Première Nation — dimension sociale forte du « vert » hors simple MWh.
3. Innovations / partenariats
L’« innovation » n’est pas technologique de rupture mais industrielle et foncière : consolidation du pipeline hydro (Synthèse communiquée de sites prêts à construire et de candidatures multiples dans les textes avant acquisition) et 16 sites éoliens pour un potentiel annoncé d’environ 4 700 MW en C.-B., avec 810 085 $ cumulés depuis 2021 en licences d’investigation et études tiers. Stratégiquement, l’appel Clean Power de BC Hydro (objectif formulé dans le même communiqué : au moins 90 % de l’électricité issue de sources « propres ou renouvelables » comme cadre régional pour justifier ces mises au concours oriente encore le développement côté vent. Le transfert de Kyuquot Power Ltd vers Sitka fait l’objet d’une trajectoire réglementaire distincte (BC Utilities Commission, 2025) — signal d’un recentrage utilité + actifs sous un groupe absorbant plus large.
4. Greenwashing / zones grises
Le risque n’est pas le marketing « vert » à la française mais la vulnérabilité physique et comptable des années record contre les années sèches : au T3 clos le 31 mars 2025, le groupe relie la baisse de production et de ventes d’électricité — 733 743 $ de CA contre 929 547 $ un an plus tôt sur le même trimestre — à une moindre précipitation régionale et à un « major downtime » à Mears Creek (détail chiffré dans le même communiqué Newsfile du 13 mai 2025). La perte nette attributable passe de 58 898 $ (T3 2024) à 199 674 $ (T3 2025) (même source). Parallèle tendu : présence dans les comptes d’un prêt à court terme sans intérêt souscrit par Russell Industries Corp., partie liée au PDG (Daniel J. Russell) — légitimité financière à expliquer, pas « greenwash », mais gouvernance et perception des parties reliées. Côté éolien, le potentiel théorique de milliers de MW peut surexposer une valorisation tant que les PPA fermes et la suite réglementaire ne sont pas matérialisées.
5. Positionnement stratégique
Passer sous Sitka place les actifs dans une logique de plateforme canadienne alignée sur la course à l’électricité propre fédérale et provinciale (CleanBC, dynamique BC Hydro). La combinaison hydro + utilité + option éolienne vise un rôle d’agrégateur régional plutôt que de scale-up global. Pour le binôme Synex / Ehattesaht sur Barr Creek, l’enjeu reste de transformer la co-détention en résilience de revenus face au climat, sans sacrifier la légitimité autochtone explicitement reconnue par la politique publique (communiqué provincial 2019).
Verdict WattsElse
L’histoire n’est pas « renouvelable donc vert » : c’est de l’eau listée en bourse, une dette de projet calée jusqu’en 2045, et une météo qui dicte vos marges. Sous Sitka, le pari consiste à arrêter la course à la liquidité pour enfin faire matcher le gigantisme éolien annoncé avec des contrats tangibles ; sinon, Ehattesaht garde encore le bon rôle mais sur un tableau plus sec qu’annoncé.
Sources : newsfilecorp.com · newsfilecorp.com · newsfilecorp.com · news.gov.bc.ca · bcuc.com
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