Total E&P
Chez TotalEnergies, l’amont pétrolier et gazier reste le cœur battant du compte de résultats : en 2024, il encaisse des marges massives pendant que le groupe accélère en électricité.
À propos de Total E&P
1. Modèle économique
Total E&P désigne le pôle Exploration & Production : forages, champs, infrastructures amont, avant raffinage et grande distribution. C’est la principale fabrique de barils équivalent pétrole du groupe : en 2024, la production consolidée d’hydrocarbures atteint environ 2,43 millions de barils équivalent par jour, en hausse de 2 % hors effet cession Canada, portée par des démarrages au Brésil, aux États-Unis, en Argentine ou au Danemark (communiqué de résultats 2024). Sur l’exercice, le segment EP affiche un résultat net opérationnel ajusté d’environ 10 milliards de dollars et un cash-flow opérationnel d’environ 17 milliards de dollars (même source). À l’échelle du groupe, les investissements organiques se situent à 17,8 milliards de dollars, dont un tiers consacré aux nouveaux projets pétrole et gaz, et 4,8 milliards aux énergies « bas carbone » dont 3,9 milliards dans l’électricité intégrée (présentation résultats et objectifs 2025). La gouvernance confirme une logique actionnariale agressive : 7 % de hausse du dividende proposé pour 2024 (3,22 € par action) et 2 milliards de dollars de rachats d’actions par trimestre en 2025 sous conditions de marché (Euronext, extrait des résultats 2024). Le groupe revendique plus de 100 000 salariés et un pilotage « multi-énergies » détaillé dans le document d’enregistrement universel 2024.
2. Impact réel
Les émissions Scope 1+2 des installations opérées s’établissent à 34,3 millions de tonnes CO₂e en 2024 (tableau environnemental publié avec les résultats) — le groupe met en avant une baisse par rapport à 2015 sur ce périmètre dans son rapport universel 2024. En revanche, l’empreinte climatique « réelle » vue du ciel reste dominée par les Scope 3 : la catégorie 11 (usage des produits vendus) est estimée à 347 Mt CO₂e en 2024 contre 355 Mt en 2023 (données communiquées avec le bilan 2024). Côté électricité, la production nette atteint 41 TWh (+23 %), avec plus de 60 % d’énergies renouvelables ; la capacité brute EnR installée dépasse 26 GW fin 2024, avec une ambition affichée de 100 GW à l’horizon 2030 (résultats annuels 2024, PDF ; URD 2024). Sur le fond, cette montée en électricité ne neutralise pas la trajectoire d’hydrocarbures en croissance (+3 % visés en 2025 après les démarrages de projets, même logique à l’horizon décennal selon la présentation 2025), alors que la programmation pluriannuelle de l’énergie et les scénarios nationaux de l’ADEME tablent sur une substitution massive des fossiles à l’échelle du pays.
3. Innovations / partenariats
Le groupe déploie des équipements de détection continue du méthane sur l’amont opéré et annonce des progrès sur le torchage et les émissions fugitives (faits saillants 2024). Côté bas-carbone, il met en avant des projets CCS (partenariat Northern Endurance au Royaume-Uni) et une initiative hydrogène renouvelable avec Air Liquide sur le site de La Mède (ibid.). En février 2025, le rachat du développeur allemand VSB Group vise un pipeline d’environ 18 GW d’éolien et de solaire (communiqué TotalEnergies). Le reporting de durabilité s’épaissit dans un cadre CSRD désormais encadré en Europe (portail RSE sur la directive), en parallèle du rapport *Sustainability & Climate* 2024.
4. Greenwashing / zones grises
En octobre 2025, la justice française estime que la communication sur une « neutralité carbone » à 2050 trompe le consommateur et ordonne le retrait de slogans associés sous astreinte (Reuters) — une décision qualifiée d’historique par ClientEarth au motif qu’elle confronte un discours de transition à une stratégie d’expansion des fossiles. En septembre 2025, une autre juridiction impose la transmission de documents internes sur les impacts du méga-projet ougandais lié au pipeline EACOP (Business & Human Rights Resource Centre), ouvrant un front contentieux sur la due diligence réelle. Enfin, le débat public sur l’usage de fonds publics de décarbonation au profit d’un acteur pétrolier reste vif (enquête Mediapart), en tension avec la neutralité carbone 2050 portée par les politiques publiques (ADEME).
5. Positionnement stratégique
TotalEnergies joue la carte d’une major intégrée : cash-flow massif en amont et GNL, montée en puissance en électricité et flexibilité (cycles gaz), objectif de ventes GNL supérieures à 40 Mt en 2025 (présentation 2025). Le gouvernement français et le Parlement peaufinent en parallèle un récit de souveraineté énergétique où le groupe tient une place structurante (rapport d’information sénatorial), ce qui complique toute lecture purement « climat » vs « sécurité d’approvisionnement ». Pour le lecteur, la synthèse pédagogique du paysage reste utilement cadrée par la fiche TotalEnergies de Connaissance des Énergies.
Verdict WattsElse
Total E&P n’est pas un satellite décoratif : c’est le moteur de liquidités qui finance dividendes, rachats et conquêtes en renouvelables, tout en alimentant des Scope 3 à trois chiffres de millions de tonnes. La France vient de dire, par le droit, ce que la physique disait déjà : on ne peut pas vendre en même temps la croissance des fossiles et la promesse d’un monde net zero.
Sources : live.euronext.com · totalenergies.com · totalenergies.com · totalenergies.com · ademe.fr · totalenergies.com · portail-rse.beta.gouv.fr · totalenergies.com · reuters.com · clientearth.org · business-humanrights.org · mediapart.fr · senat.fr · connaissancedesenergies.org
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