Wekiwi
La filiale française du groupe italien Tremagi affiche en 2024 un redressement opérationnel rare sur un marché de l’électricité et du gaz sous pression — EBITDA positif, résultat net encore dans le rouge — tout en cumulant les signaux d’alerte des autorités : troisième « carton rouge » du Médiateur national de l’énergie pour le démarchage, amendes et taux…
À propos de Wekiwi
1. Modèle économique
Wekiwi est un fournisseur alternatif d’électricité et de gaz pour les particuliers et les professionnels, calibré sur une relation client quasi exclusivement en ligne, avec des offres à prix fixe sur 12 mois et des mécaniques de remise conditionnelles au comportement (contact téléphonique, fidélité), décrites notamment par Selectra en avril 2026. La société revendique plus de 30 000 clients résidentiels en France selon la même source, pour un chiffre d’affaires de 39,16 M€ en 2024 sur la Wekiwi SAS — en recul d’environ 21 % par rapport à 2023 — avec un EBITDA d’environ 6,1 M€ après une année 2023 très déficitaire au même agrégat, et un résultat net toujours négatif (−1,25 M€), d’après les agrégats publiés sur RubyPayeur (mise à jour novembre 2025). Côté actionnariat, le verrouillage s’est complété en juin 2025 lorsque Tremagi est monté à 100 % du capital après le rachat des parts restantes du fondateur Massimo Bello, selon Staffetta Quotidiana. Le groupe parent, lui, publie un chiffre d’affaires consolidé de 952 M€ en 2024 (+22 %) et un EBITDA de 66 M€, avec l’ambition affichée d’un million de clients et une place dans le top 7 du retail italien, selon Arena Digitale. Aucun chiffre public fiable de capex ou d’investissements industriels spécifiques à la branche française n’a été isolé dans la veille menée pour cette fiche.
2. Impact réel
En tant que revendeur sans parc de production propre, Wekiwi ne « décarbone » pas le système électrique : il s’approvisionne sur le marché de gros et, pour certaines offres professionnelles, peut recourir à des garanties d’origine, alors que les formules grand public analysées par Selectra n’intègrent pas d’engagement environnemental fort ni de label Vertvolt de l’ADEME (renvoi pédagogique sur le dispositif). Côté gaz, les offres grand public décrites relèvent très probablement du gaz fossile, sans biogaz mis en avant dans cette même analyse. L’impact climat « réel » se lit donc surtout à travers le mix national que le client continue d’importer via le réseau — un cadre que la PPE 3 et la montée de l’électrification cherchent à orienter vers les bas-carbone, sans que Wekiwi, en tant qu’acteur retail, soit un levier structurel de cette trajectoire : le cadrage politique est rappelé par exemple dans la synthèse gouvernementale sur la PPE 3 et, sur le volet concurrentiel des alternatifs, par ce décryptage de Connaissance des Énergies. Aucun inventaire carbone publié ou facteur de réduction de CO₂ revendiqué de manière auditée pour la filiale française n’a été repéré dans les sources consultées.
3. Innovations / partenariats
Le différenciateur principal reste l’ultra-digitalisation du parcours (souscription, facturation, service client) et des offres forfaitaires / prix fixe pensées comme des produits « télécom », ce qui explique à la fois l’agressivité commerciale et les frictions sur la lisibilité des conditions, thème récurrent dans l’analyse Selectra. Sur le volet « impact », l’entreprise italienne a longtemps porté la certification B Corp — obtenue en 2017, renouvelée en 2021 — mais indique avoir décidé de ne pas la renouveler en 2022, en lien avec la poursuite de l’activité gaz naturel, dans sa relazione d’impatto 2022 (document d’impact, en italien). Aucun partenariat industriel majeur, contrat public attribué nominativement à Wekiwi, ou rapport CSRD / RSE dédié à la SAS française n’a été identifié dans les bases consultées pour cette fiche (y compris filtrage marchés publics génériques).
4. Greenwashing / zones grises
Le principal risque n’est pas une « tech verte » surfacturée mais un écart durable entre discours de responsabilité — encore relayé par certains guides commerciaux — et produits non labellisés, gaz fossile au cœur du catalogue, et absence de Vertvolt sur les offres analysées par Selectra. Côté régulation, la DGCCRF a infligé une amende de 130 000 € en 2024 pour pratiques commerciales trompeuses, rappelée par Selectra dans le même écosystème d’enquêtes grand public. Le Médiateur national de l’énergie a, lui, pointé un taux de saisines de 810 pour 100 000 contrats en 2024 — l’un des plus hauts du panel — dans son rapport annuel 2024, tandis qu’une édition de suivi mi-2025 évoque encore 546 saisines / 100 000 contrats selon Selectra, soit plus de vingt fois la moyenne nationale calculée par le comparateur. La fragilité financière apparente de la structure française — capitaux propres négatifs et autonomie financière très basse fin 2024 selon les indicateurs publiés sur RubyPayeur — ajoute une tension de résilience : moins de marge de manœuvre pour absorber chocs réglementaires ou crises d’image.
5. Positionnement stratégique
Intégrée à 100 % dans Tremagi depuis l’été 2025 (Staffetta Quotidiana), Wekiwi France doit stabiliser sa base clients et réparer la confiance alors que le marché entre dans une phase où les fournisseurs alternatifs voient leurs conditions d’approvisionnement se réorganiser — thème central dans le commentaire ministériel repris par Connaissance des Énergies. La tarification reste l’arme courte : l’offre Pierre Électricité se situe légèrement sous le tarif réglementé sur le kWh dans les simulations d’avril 2026 (Selectra), avec des conditions d’abonnement et de remise qui peuvent neutraliser le gain perçu. Un signal institutionnel récent de « stabilisation » des pratiques est évoqué après septembre 2024 dans un communiqué de synthèse relayé par Le Gaz — à mettre en perspective avec la gravité des indicateurs de saisines toujours publiés comme extrêmes.
Verdict WattsElse
Wekiwi incarne le retail énergie à l’italienne version scale-up financière : le choc de gouvernance Tremagi peut aider à durcir l’exécution, mais la valeur de marque reste otage d’un passif réglementaire que ni l’EBITDA 2024 ni une courbe de prix agressive ne suffisent à effacer — dans ce segment, la confiance est aussi une énergie, et elle se mesure désormais au compteur du médiateur.
Sources : selectra.info · rubypayeur.com · staffettaonline.com · arenadigitale.it · selectra.info · info.gouv.fr · connaissancedesenergies.org · wekiwi.it · selectra.info · energie-mediateur.fr · le-gaz.fr
Données clés
- Siège
- Élancourt, France ↗
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