Aluminum Bahrain
Elle vend du métal, pas du brut — mais Aluminium Bahrain vit au rythme du gaz pipeliné et des cours du LME.
À propos de Aluminum Bahrain
1. Modèle économique
Aluminium Bahrain B.S.C. (Alba, cotée comme ALBH) est présentée comme la plus grande fonderie d’aluminium sur un seul site au monde, implantée à Askar au Bahreïn (site corporatif Alba). La société fabrique et vend surtout de l’aluminium primaire commercial ; elle est également cotée au Bahreïn et à Londres (fiche groupe). Les comptes publiés le 17 février 2026 pour le T4 et l’exercice 2025 font état d’un bénéfice de 108,7 millions BD (~289 M$) au quatrième trimestre (+193 % sur un an) et d’un résultat annuel de 218,7 millions BD (~582 M$, +18,5 %) avec une production métallurgique nette record de 1 623 139 t (communiqué de résultats T4 / FY 2025). La marge est calibrée sur le prix LME — en moyenne 2 630 $/t en 2025 selon le même document — et sur l’accès aux intrants ; début 2025, une analyse de presse spécialisée relatait déjà une pression sur le bénéfice net au T1 2025 face au coût de l’alumine malgré un chiffre d’affaires élevé (analyse AlCircle sur le T1 2025). Le modèle repose aussi sur des économies d’efficacité : le programme e-Al Hassalah a visé 67,32 M$ d’économies en 2025, avec une cible portée à 150 M$ pour 2026 (résultats 2025).
2. Impact réel
Une fonderie à cette échelle est une usine à électricité et à gaz : les émissions directes de fonte primaire dans le Golfe sont ordonnées autour de 1,60 à 1,65 tCO₂e/t d’Al au titre du périmètre actuel du mécanisme européen (analyse CBAM Golfe), soit comparable aux benchmarks européens pour ce périmètre. Alba revendique toutefois une réduction de l’intensité carbone de 0,5 tCO₂/t Al après la mise en service du bloc PS5 Block 4 — données rapportées dans les publications groupe citées dans les synthèses publiques (message du président 2024). Côté électricité renouvelable sur site, une centrale solaire de 6,23 MW est entrée en service en février 2025 sur le périmètre d’Askar selon les documents investisseurs T2 2025 référencés par l’entreprise (présentation investisseurs Q2 2025) ; l’ampleur du déplacement de l’empreinte reste minoritaire face à une demande électrique mesurée en gigawatts et un legacy gazier. Pour situer le cadre européen sans extrapoler Alba dessus : la France pilote une réduction très forte des émissions du secteur aluminium d’ici 2050 dans ses trajectoires sectorielles (plan de transition aluminium ADEME).
3. Innovations / partenariats
Au-delà du solaire périmètre Askar, Alba a ouvert un processus de PPA pour 500 à 1 000 MW d’EnR injectée au réseau — projet décrit dans la même présentation investisseurs Q2 2025. Sur les produits, la gamme bas carbone EternAl™ — recyclé ou avec compensation — est mise en avant comme levier commercial pour les marchés sensibles au CO₂ (communiqué T4 2025). Un projet industriel avec Daiki Aluminium, Alba Daiki Sustainable Solutions, doit traiter les crasses avec une ambition opérationnelle à partir de septembre 2026 (rapport développement durable / messages de gouvernance). Début 2026, l’entreprise annonçait aussi un accord d’exclusivité pour tenter de racheter Aluminium Dunkerque via American Industrial Partners — signal d’internationalisation verticale si la transaction va au bout (actualités Alba mars 2026).
4. Greenwashing / zones grises
Le premier risque n’est pas rhétorique : il est physique. À partir du 15 mars 2026, les médias économiques relatent une mise à l’arrêt progressive jusqu’à environ 19 % de la capacité à Bahreïn pour préserver stocks et stabilité opérationnelle dans un contexte de tensions maritimes au Moyen-Orient (Bloomberg sur les coupures de production) ; une republication Fortune confirme la narration « phased shutdown » du plus grand site mondial unitaire — là où les sloganes climatiques peinent contre les chaînes logistiques de l’alumine et du métal. Sur la régulation européenne, l’analyse ORF mars 2026 souligne que si les émissions indirectes (électricité) devaient entrer dans le CBAM, l’intensité « tout périmètre » du Golfe passerait vers ~7,1 tCO₂e/t Al pour Bahreïn contre ~5,0 pour l’UE — soit un bouleversement comparatif alors que les charges CBAM illustrées sont encore modestes en 2026 mais projetées pour grimper fortement avec les quotas jusqu’aux années 2030. Enfin, la dépendance au contrat gazier pluriannuel avec Bapco Energies (rapport annuel 2025 PDF) pose une question simple : tant que la tonne d’aluminium reste pilotée par la molecule nationale, tout score « vert » à la tonne métal doit être lu comme segmenté par périmètre comptable.
5. Positionnement stratégique
Alba joue la carte certifications ASI / EcoVadis / gamme EternAl™ pour sécuriser des prix dans les marchés qui filtrent le CO₂ (guidance stratégique T4 2025), tout en poussant les économies internes (150 M$ de programme e-Al Hassalah en ligne de mire pour 2026). La géopolitique de 2026 lui rappelle que Bahreïn dépend massivement des exportations européennes visées par la CBAM — environ 2,9 % du PIB national en valeur exposée selon les estimations commerce 2023 synthétisées pour les pays du Golfe dans la même note ORF — alors que les perturbations du détroit d’Ormuz viennent rogner la capacité même du métal.
Verdict WattsElse
Alba incarne la contradiction industrialiste du siècle : une rentabilité qui fuse sur une tonne record, pendant que la géographie du Golfe retire une ligne sur cinq. Pour faire court : la tonne verte ne vaut rien si la ligne est coupée.
Sources : albasmelter.com · en.wikipedia.org · alcircle.com · orfonline.org · albasmelter.com · albasmelter.com · ademe.fr · albasmelter.com · bloomberg.com · fortune.com · albasmelter.com
Données clés
- Fondée
- 1968
Identifiants publics
- Wikidata
- Q447457
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