Equinor ASA
** Ce n’est ni une start-up climat ni un pure player renouvelable : Equinor ASA incarne l’équation brutale de l’Europe post-choc énergétique — gaz et pétrole pour la trésorerie, électricité et CCS pour l’image et le futur.
À propos de Equinor ASA
1. Modèle économique
Equinor est une major intégrée norvégienne, cotée, ancrée sur le plateau continental norvégien (NCS) et présente sur plusieurs bassins internationaux : l’essentiel de la valeur vient du pétrole et du gaz vendus sur des marchés mondiaux, complété par le négoce, le midstream et, dans une moindre mesure mesurée en revenus, la production d’électricité renouvelable et les projets « bas carbone » (stratégie et plan de transition). En 2024, le groupe affiche un résultat opérationnel net d’environ 30,9 milliards de dollars et un résultat net d’environ 8,8 milliards, dans un environnement de marchés encore tendus (communiqué sur le rapport annuel intégré 2024) ; la même année, il indique avoir versé plus de 20 milliards de dollars d’impôt sur les sociétés, dont près de 20 milliards en Norvège, ce qui rappelle la densité fiscale du modèle pétrogazier national. En 2025, la production d’hydrocarbures atteint un record d’environ 2,137 million de barils équivalent-pétrole par jour, en hausse de 3,4 % sur un an, et les dépenses d’investissement organiques s’établissent autour de 13,1 milliards de dollars, avec une annonce de réduction de l’enveloppe capex 2026–2027 de 4 milliards, principalement sur le volet électricité et bas carbone (résultats 2025). Le groupe maintient en parallèle une allocation élevée au pétrole et au gaz — de l’ordre de 10 milliards de dollars par an annoncés dans la même perspective — et une politique de dividende et de rachats d’actions vigoureuse, signe d’un modèle calibré sur la rentabilité actionnariale à court et moyen terme.
2. Impact réel
Côté opérations, Equinor met en avant une production d’hydrocarbures relativement « efficace en carbone » pour le secteur : intensité amont de l’ordre de 6,2 kg CO₂ par baril équivalent en 2024, puis 6,3 kg/boe en 2025, et réduction des émissions opérées de scopes 1 et 2 d’environ 34 % par rapport à 2015 en 2024, puis 33 % en 2025, avec une cible toujours affichée de −50 % d’ici 2030 (rapport 2024 ; plan de transition 2025 ; résultats 2025). Ces progrès, réels sur le périmètre opéré, ne résolvent pas l’ordre de grandeur des émissions de scope 3 liées à la combustion des produits vendus : 251 millions de tonnes CO₂ équivalent en 2024, stable par rapport à 2023 (rapport 2024). La production d’électricité renouvelable progresse — environ 2,9 TWh en 2024 (+51 %) et 5,65 TWh sur 2025 avec une forte contribution du parc éolien en mer Dogger Bank (rapport 2024 ; résultats 2025) — mais reste minoritaire dans le bilan physique du groupe. Pour le lecteur français, le contraste avec les trajectoires nationales de décarbonation et de montée en puissance du maritime (éolien en mer, flexibilité) tracées par la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie et documentée sur le volet filières par l’ADEME est net : Equinor alimente encore massivement l’Europe en molécules fossiles pendant que l’économie française cherche à réduire leur place dans la demande finale.
3. Innovations / partenariats
Sur l’industriel, Equinor capitalise sur des actifs emblématiques : le parc flottant Hywind Tampen, alimentant des plates-formes pétrolières et revendiquant environ 200 000 tonnes de CO₂ évitées par an, et le méga-projet Dogger Bank au Royaume-Uni, présenté comme le plus grand éolien en mer au monde à terme (plan de transition). Le consortium Northern Lights, avec stockage commercial de CO₂ opérationnel à partir de 2025 et une capacité annuelle de l’ordre de 1,5 million de tonnes, incarne le pari CCS du groupe avec Shell et TotalEnergies (plan de transition). En ingénierie maritime, un accord pluriannel avec Doris couvre l’assistance « owner’s engineering » pour l’éolien offshore et le bas carbone (Offshore Wind Biz), tandis que des partenariats industriels sur le flottant — avec Technip Energies, par exemple — visent à industrialiser des flotteurs acier pour des projets européens, y compris sur le créneau français (Energy Voice). Côté gouvernance de portefeuille, la prise de participation dans Ørsted et la création d’une division « Power » intégrant renouvelables, stockage et trading traduisent une recherche de synergies marché de l’électricité (rapport 2024 ; résultats 2025).
4. Greenwashing / zones grises
Le principal risque n’est pas l’absence de projets bas carbone, mais l’écart entre le récit « net zero 2050 » et le recentrage pétrogazier observable : la fourchette de capacité renouvelable installée en 2030 est ramenée à 10–12 GW contre 12–16 GW auparavant, et l’objectif de mobiliser la moitié des investissements bruts vers les renouvelables et le bas carbone d’ici 2030 est abandonné, au profit d’une croissance de production d’hydrocarbures supérieure à 10 % entre 2024 et 2027 (dépêche AFP via Connaissance des Énergies) ; la direction évoque aussi des têtes d’impairment sur l’éolien américain dans un contexte politique et de coûts plus difficile (résultats 2025). Les ONG et analystes climat pointent un décalage persistant avec les trajectoires scientifiques compatibles Paris (analyse Reclaim Finance). Sur le volet intégrité de marché, la sanction française de 4 millions d’euros infligée à Equinor (et 8 millions à sa filiale de trading Danske Commodities) pour manquements au règlement REMIT sur le marché de gros du gaz France–Espagne en 2019–2020, avec recours annoncé, rappelle qu’un « profil vert » ne dispense ni de surveillance des desks de négoce ni de conformité stricte aux règles européennes (communiqué CRE ; synthèse ACER ; réaction Equinor).
5. Positionnement stratégique
Equinor joue la carte de la « sécurité d’approvisionnement » européenne — gaz norvégien sous contrats longs vers plusieurs pays — tout en capitalisant sur une exploration record sur le NCS et une internationalisation sélective (Brésil, Royaume-Uni, gaz américain) (résultats 2025). La communication financière 2025 insiste sur la discipline de capital et la résilience à des prix plus bas, ce qui peut se traduire, côté climat, par moins de nouveaux grands paris renouvelables si les rendements attendus faiblissent (résultats 2025) ; les observateurs français notent par ailleurs la sensibilité aux aléas politiques outre-Atlantique sur l’éolien (Connaissance des Énergies). Le suivi médiatique professionnel sur la transition passe aussi par des relais comme le dossier GreenUnivers, qui recense les mouvements de stratégie du groupe dans l’écosystème européen.
Verdict WattsElse
Equinor maîtrise le récit de l’efficacité opérationnelle et du dividende ; il peine encore à faire cohabiter sans tension un record de production fossile et une ambition climat crédible à l’échelle du scope 3. En clair : c’est le banquier de gaz de l’Europe qui finance une partie de sa transition — mais à son rythme, et parfois au prix de marches en arrière sur l’éolien.
Sources : equinor.com · equinor.com · globenewswire.com · economie.gouv.fr · infos.ademe.fr · offshorewind.biz · energyvoice.com · connaissancedesenergies.org · reclaimfinance.org · cre.fr · acer.europa.eu · equinor.com · connaissancedesenergies.org · greenunivers.com
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