Gamesa
Née à Zamudio en 1976, Gamesa a basculé dans l’histoire industrielle comme coeur espagnol de ce qui est devenu, depuis la fusion avec Siemens Wind Power en 2017, Siemens Gamesa Renewable Energy — filiale d’Siemens Energy.
À propos de Gamesa
1. Modèle économique
Le cœur de l’activité reste la chaîne de valeur complète de l’éolien : R&D, fabrication de nacelles, pales et composants, vente, installation, puis services sur le parc — avec, pour une part croissante, le promotion de projets éoliens (onshore et offshore). Les revenus sont corrélés aux cycles de commandes et de livraison des turbocomplets, très volatils depuis les problèmes de séries 4.X et 5.X. Sur l’exercice 2024 de Siemens Energy (clos fin septembre), la division Siemens Gamesa a affiché une croissance du chiffre d’affaires comparable de +11,1 %, mais un résultat avant éléments exceptionnels de −1 781 M€, selon le communiqué de résultats du quatrième trimestre 2024. Pour l’exercice en cours, la direction tablait encore, au milieu de 2025, sur un résultat avant éléments exceptionnels d’environ −1,3 Md€ pour cette même division, tout en notant une reprise notable du chiffre d’affaires trimestriel portée par l’offshore, dans le bilan du deuxième trimestre 2025. Le groupe parent, lui, profite d’un souffle cyclique : 14,4 Md€ de nouvelles commandes au T2 2025 (+52,3 % en base comparable) et une marge avant éléments exceptionnels de 9,1 % — ce qui distingue clairement la santé relative du portefeuille global de la fidélité financière encore exigeante de l’activité éolienne. La dépendance stratégique est double : capacité industrielle offshore (Le Havre, Cuxhaven, Aalborg évoqués dans la presse spécialisée) et réputation technique sans laquelle les commandes onshore ne repartent pas.
2. Impact réel
Sur le fond, chaque turbine en service déplace du fossile dans les bilans électricité : l’effet climat direct se lit dans les parcs raccordés, pas dans le siège de Zamudio. En 2024, une analyse sectorielle crédite Siemens Gamesa de 294 machines nouvellement installées (mer et terre), en tête du classement des OEM devant Vestas, selon Sea-Impact. Ce rythme alimente mécaniquement la densification des EnR visée par les plans nationaux européens ; en France, l’éolien offshore fait partie du levier massif de la programmation pluriannuelle, et Siemens Gamesa est un acteur d’équipement majeur des parcs en développement — avec une industrialisation au Havre mise en perspective par Connaissance des énergies (extension 200 M€, pales plus longues, turbomachines 14 MW à l’horizon). Sur le chantier Dieppe–Le Tréport, le parc prévoit 62 éoliennes SG 8.0-167 DD ; le projet est détaillé sur le site du parc, tandis que l’achèvement récent de tours de mâts par Haizea illustre l’avancée d’une filière française documentée par Énergies de la Mer. L’empreinte Scope 3 du groupe Siemens Energy (1,4 Gt CO₂e sur le périmètre rapporté dans le document agrégé sur le rapport de durabilité 2024) rappelle en revanche que « pure player » éoliennes ne veut pas dire « hors système fossile » : l’équipementier vit dans un contre-pied comptable avec la maison mère.
3. Innovations / partenariats
Le portfolio technique se joue sur deux registres : offshore XXL (machines 14 MW, hubs intégrés type Direct Drive) et modernisation du parc existant via services et retrofit. La montée en cadence des usines offshore est devenue la bouée de sauvetage industrielle annoncée dès le plan de restructuration commenté par Offshore Wind (objectif d’équilibre financier 2026). En France, l’intégration « pales + nacelles » au Havre fonctionne comme argument souverain de chaîne d’approvisionnement, au moment où l’Europe cherche à réduire sa dépendance asiatique sur les composants lourds — un enjeu résumé dans le même article de Connaissance des énergies sur la concurrence industrielle. Les partenariats se lisent surtout projet par projet (développeurs offshore, industriels de fondations, câblo-poseurs) plutôt que sous forme de « exit » startup : la logique est celle du B2B d’infrastructure.
4. Greenwashing / zones grises
La transition marketing ne peut pas effacer la crise de confiance sur l’onshore. Le communiqué du T2 2025 évoque explicitement la « continuation de l’interruption temporaire des activités commerciales » sur les turbines 4.X et 5.X, avec un coefficient de couverture des commandes (book-to-bill) à 0,32 et un carnet en baisse à 36 Md€ pour la division au même trimestre — des chiffres qui parlent plus qu’un slogan RSE. La presse spécialisée nordique pointe une torpeur commerciale prolongée sur la 5.X après son relancement (EnergyWatch). Côté justice, la plainte Midway Wind LLC à New York sur des G114-2,5 MW (fissures, boulons) illustre le risque réputationnel et financier des défauts structurels (décision rendue sur Justia). Socialement, l’annonce de 4 100 suppressions de postes dans l’unité éolienne a cristallisé les tensions (Bloomberg). Géopolitiquement, la persistance controversée de parcs éoliens au Sahara occidental sous administration marocaine alimente un questionnement ONG–droit international sur le caractère « durable » des opérations (Western Sahara Resource Watch). Ce n’est pas du greenwashing de façade : c’est un décalage structurant entre narratif climat et arbitrages industriels et juridiques.
5. Positionnement stratégique
Les actionnaires de Siemens Energy ont, début 2026, tempéré l’idée d’un spin-off immédiat de l’éolien au profit d’une stabilisation préalable (Reuters), ce qui cadre l’horizon 2026 comme test décisif pour la crédibilité du plan de break-even. Sur le marché, l’offshore devient l’argument de croissance récurrente dans les publications de résultats, pendant que l’onshore reste le régulateur de risque : tant que les files d’attente de turbines terrestres ne se resserrent pas, Siemens Gamesa reste exposée aux oscillations réglementaires et aux enchères pluriannuelles européennes, dans un contexte où la PPE et les objectifs français de EnR fixent la cadence, mais où la compétitivité industrielle (pales, acier, logistique) décide du vainqueur.
Verdict WattsElse
Gamesa n’a pas disparu : elle habite encore Siemens Gamesa — et c’est l’offshore qui tire le chaland, pendant que l’onshore lui impose le jeûne. Tant que qualité et carnet terrestre ne convergent pas, le grand équipementier restera ce paradoxe rare : indispensable à la decarb, pénalisant pour le cours de Bourse du groupe.
Sources : siemens-energy.com · assets.siemens-energy.com · assets.siemens-energy.com · sea-impact.com · connaissancedesenergies.org · dieppe-le-treport.eoliennes-mer.fr · energiesdelamer.eu · cdn.climatepolicyradar.org · offshorewind.biz · connaissancedesenergies.org · energywatch.com · law.justia.com · bloomberg.com · wsrw.org · today.reuters.com
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