Pétrole & Gaz

Total Sa

Total désigne désormais la major cotée européenne TotalEnergies SE qui opère encore massivement comme un intégré pétrogazier tout en développant forte­ment l’électricité et les molécules décarbonées.

« La major qui multiplie les énergies — et les procédures »

À propos de Total Sa

1. Modèle économique

Le groupe vit de l’amont (pétrole, LNG, gaz) et du downstream (marketing, raffinage, trading), et capitalise désormais sur la commercialisation de l’électricité. Les comptes 2025 indiquent un chiffre d’affaires d’environ 201 milliards de dollars, avec plus de 100 000 collaborateurs et une présence mondiale consolidée depuis la Courbevoie. La stratégie affichée vise encore une croissance d’environ +4 % par an de la « production énergétique » totale entre 2024 et 2030, portée par le baril et les nouveaux GW. Pour 2025, le capex a atteint 17,1 milliards de dollars, dont 37 % destinés aux nouveaux projets Oil & Gas et environ 3,5 milliards dans le bas‑carbone (dont près de 3 milliards côté électricité). En parallèle, le gearing reste prudent (≈15 %), tandis que les retours aux actionnaires restent volumineux (le groupe vise ainsi un payout largement supérieur à 40 % du flux de trésorerie). La lecture sectorielle française rappelle en outre une année 2025 marquée par la chute du pétrole, sans pour autant changer la grille de lecture « multi‑énergies », comme le souligne aussi la dépêche AFP publiée par Connaissance des Énergies.

2. Impact réel

Le bilan climat officiel fait état pour 2025 d’émissions scopes 1+2 de 33,1 Mt CO₂e sur le périmètre « opéré » (−38 % versus 2015) et d’une intensité cycle de vie des produits −18,6 % depuis 2015. Côté méthane, le groupe annonce avoir réduit de 65 % les fuites par rapport à 2020, au‑delà d’un objectif de −60 %. Mais l’empreinte mondiale véritable reste celle du méga‑downstream hydrocarbures : elle est incomprise dans ces périmètres « opérés » et doit être lue contre le fondement réglementaire des scopes défini méthodologiquement dont relaie l’ADEME. Dans le jeu électricité, la production brute atteignait ~48 TWh en 2025 (+17 %/an) et représentait encore ≈10 % de ce que le groupe assimile à ses « équivalents hydrocarbures » ; une rampe jusqu’à 100–120 TWh/an en 2030 est annoncée, avec un mix cible déclaratif aux alentours de 70 % renouvelable / 30 % gaz flexible. Vu du cadre français, où la PPE3 trace une trajectoire de sortie prolongée mais assumée du fossile, ce dualisme (« toujours plus de barils », « de plus en plus de volts ») est la variable d’instabilité géopolitique et climatique la plus nette.

3. Innovations / partenariats

Le segment Integrated Power capte l’essentiel des narratifs « transition » : en Europe, le groupe a accéléré via l’acquisition de 50 % d’un portefeuille ~14 GW de capacités gaz/flexibles détenues par EPH, argument d’adéquation réseau face à l’intermittence du renouvelable. Côté amont, la feuille de route 2026 inclut des démarrages annoncés sur Lapa (Brésil), Ratawi (Irak) et Tilenga (Ouganda), autant de projets qui ancrent la production dans des bassins à fort enjeu géopolitique. Sur le reporting, le document d’enregistrement universel 2025 intègre désormais les exigences CSRD/EU‑Taxonomy, visant une lisibilité accrue mais aussi une surexposition réglementaire dans un marché européen de plus en plus scripté juridiquement.

4. Greenwashing / zones grises

La fracture la plus lisible passe par le jugement rendu le 23 octobre 2025 par le tribunal judiciaire de Paris : plusieurs passages sur « neutralité carbone 2050 » et « acteur majeur de la transition » ont été qualifiés de pratiques commerciales trompeuses, avec ordre de suppression sous astreinte. TotalEnergies a publié le lendemain un éclairage de réserve (rejet large d’autres griefs, pas d’appel). Sur la taxonomie verte UE, selon les tableaux KPI du groupe, à peine 1,9 % du chiffre d’affaires FY2025 correspond à des activités jugées « alignées » avec l’objectif d’atténuation, alors que 15,5 % du capex seulement passe le même test technique : cet écart quantitativement documenté relativise tout discours assimilable à une « quasi‑finance verte ». Enfin sur le champ duty of vigilance, une coalition de villes françaises et d’associations poursuit le groupe dans un contentieux portant sur l’alignement de stratégie d’expansion fossile avec l’accord de Paris, ce qui rappelle que le risque n’est plus seulement ESG scoreboard mais tribunal + astreinte + réputation.

5. Positionnement stratégique

La direction fixe pour 2026 un capex net d’≈15 milliards de dollars, avec 3–4 mds ciblés sur Integrated Power, et un programme d’≈7,5 mds d’« économies » capex‑opex 2026‑2030 pour absorber une volatilité des cours. Dans un paysage où plusieurs rivaux européens recentrent le message sur le fossile, TotalEnergies entend tenir simultanément la croissance hydrocarbures à marge sélective et la capture de MWh.

Verdict WattsElse

Une major qui capitalise encore sur le noir tant que les marchés lui laissent de la latitude, tout en monétisant le vert à l’échelle GW — avec, pour la première fois en France, une condamnation judiciaire qui fige l’écart entre promesse de neutralité et structure de revenus taxonomiquement minoritaire en « vert ».

Sources : totalenergies.com · totalenergies.com · connaissancedesenergies.org · totalenergies.com · totalenergies.com · agirpourlatransition.ademe.fr · economie.gouv.fr · totalenergies.com · totalenergies.com · reuters.com · totalenergies.com · totalenergies.com · news.mongabay.com · totalenergies.com

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