Attijariwafa Bank
Attijariwafa Bank ne vend pas des kilowattheures, mais elle pèse déjà sur la transition énergétique par un levier décisif: l’allocation du capital.
À propos de Attijariwafa Bank
1. Modèle économique
Attijariwafa Bank est un groupe bancaire universel marocain présent dans 27 pays, actif dans la banque de détail, la banque d’investissement, l’assurance, le leasing, l’asset management et le financement de projets, selon son rapport financier 2024. En 2024, le groupe a dégagé un produit net bancaire de 34,5 milliards de dirhams, pour un résultat net part du groupe de 9,5 milliards de dirhams, avec 21.293 salariés, 7.417 agences et plus de 12 millions de clients, d’après le rapport financier 2024 et le rapport ESG 2024. Son moteur reste classique: collecte de dépôts, distribution de crédit, commissions, activités de marché et financement structuré. Le capex consolidé n’est pas clairement isolé dans les documents publics consultés; pour une banque, le nerf de la guerre n’est pas tant l’investissement industriel que le bilan, le coût du risque et la capacité à orienter le crédit.
2. Impact réel
L’impact climatique direct de la banque reste modeste à l’échelle de ses bilans, mais son impact financé, lui, est potentiellement massif. Le groupe affirme avoir alloué 10 milliards de dirhams de financements verts en 2024 et réduit de 29% sa consommation d’électricité depuis 2018; il indique aussi une baisse de 8% de ses émissions de CO2 au Maroc en 2024 sur les scopes 1 et 2, selon le rapport ESG 2024 et le communiqué résultats 2024. Surtout, la banque revendique depuis 2011 plus de 11 milliards de dirhams mobilisés pour des projets à impact écologique, dont 8 milliards dédiés aux renouvelables, via le financement de parcs éoliens, de solaire et d’infrastructures d’eau, selon Attijari CIB. C’est cohérent avec un marché marocain qui vise 52% de capacités électriques renouvelables d’ici 2030, rappelé par Le Matin. Mais, comme le souligne l’ADEME, pour une banque la crédibilité climatique ne se mesure pas seulement aux volumes “verts” annoncés: elle se juge aussi à la qualité des politiques de financement, de gouvernance et de gestion des risques sur l’ensemble du portefeuille.
3. Innovations / partenariats
Le signal le plus concret de 2024 est le lancement du Fonds Africain d’Efficacité Énergétique (FAEE), présenté comme le premier fonds marocain dédié à ces projets. Géré par Attijari Capital Management, il a réalisé un premier closing de 200 millions de dirhams et s’appuie sur Econoler pour l’expertise technique, avec un protocole d’accord signé avec VINCI Energies. La banque est aussi dans le tour de table de la station de dessalement du Grand Casablanca, projet en PPP avec l’ONEE, via 1,8 milliard de dirhams apportés avec BCP et Bank of Africa, selon Le Matin et White & Case. Cette station doit être alimentée par un parc éolien de 360 MW, financé en janvier 2025 par un consortium bancaire comprenant Attijariwafa Bank, d’après SunMind. La banque conserve en outre l’accréditation du Green Climate Fund, rare pour un acteur bancaire africain.
4. Greenwashing / zones grises
La zone grise tient à la nature même du métier bancaire: l’empreinte décisive n’est pas dans les bureaux, mais dans les encours. Attijariwafa met en avant une feuille de route ESG 2030, une analyse de double matérialité, des politiques d’exclusion sectorielle actualisées et l’intégration des risques climatiques dans le portefeuille, selon son rapport ESG 2024. Mais, dans les sources publiques consultées, je n’ai pas trouvé d’engagement explicite, daté et chiffré, de sortie du financement des énergies fossiles. Or l’exposition réglementaire monte: Bank Al-Maghrib impose désormais aux banques de collecter et reporter les risques climatiques de leurs grands emprunteurs via la directive n°2/W/2025, après la directive de 2021. En clair: le storytelling ESG ne suffira plus, il faudra démontrer la robustesse carbone du portefeuille client.
5. Positionnement stratégique
Attijariwafa Bank cherche clairement à se positionner comme banque chef d’orchestre de la transition africaine: financement de projets, structuration, syndication, fonds spécialisés, climat, eau, efficacité énergétique. Le timing est bon, dans un Maroc redevenu attractif pour les capitaux de transition avec 1,38 milliard de dollars d’investissements captés en 2024 selon H24Info, mais où le verrou du financement reste central. Son opportunité est immense; sa vulnérabilité l’est aussi: plus elle se présente comme “banque verte”, plus elle sera jugée sur ce qu’elle cesse de financer, pas seulement sur ce qu’elle finance de neuf.
Verdict WattsElse
Attijariwafa Bank n’est pas un simple suiveur: elle construit déjà l’infrastructure financière de la transition marocaine et africaine. Mais le prochain test ne portera pas sur ses annonces vertes, plutôt sur sa capacité à nettoyer la face cachée du bilan.
Sources : ir.attijariwafabank.com · ir.attijariwafabank.com · ir.attijariwafabank.com · attijaricib.com · lematin.ma · librairie.ademe.fr · attijariwafabank.com · attijaricib.com · lematin.ma · whitecase.com · sunmind.co · greenclimate.fund · ir.attijariwafabank.com · bkam.ma · greenfinanceplatform.org · h24info.ma
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