Carthage Power Company
À Radès, Carthage Power Company a longtemps incarné un paradoxe tunisien : la première grande centrale privée du pays, mais entièrement branchée sur la commande publique.
À propos de Carthage Power Company
1. Modèle économique
Carthage Power Company (CPC) est un producteur indépendant d’électricité basé à Radès, en Tunisie, autour d’un seul actif majeur : la centrale à cycle combiné Radès II. La centrale, mise en service en 2002, représente 471 MW et a été développée pour un investissement initial de 261 millions de dollars, selon le site de CPC. Son modèle est limpide : vendre l’intégralité de l’électricité produite, ainsi que la capacité disponible, à l’opérateur public tunisien STEG via un contrat d’achat de long terme, également mentionné dans le rapport annuel 2019 de Nebras.
L’entreprise a donc fonctionné comme une infrastructure sous contrat, avec un risque commercial limité tant que le PPA courait. En 2019, le qatari Nebras a racheté 60 % du capital, Marubeni conservant 40 %, en présentant CPC comme une porte d’entrée stratégique en Afrique du Nord, selon Nebras. En revanche, aucun chiffre public récent et vérifiable de chiffre d’affaires, d’effectifs ou d’Ebitda n’a été trouvé dans les sources ouvertes consultables. Selon les éléments disponibles, le contrat courait jusqu’en 2022 ; la visibilité économique de CPC après cette échéance devient nettement plus floue.
2. Impact réel
Sur le plan système, CPC a longtemps pesé lourd. La Banque mondiale rappelait en 2019 que l’installation de Radès représentait à elle seule 19 % de l’approvisionnement électrique du pays via sa centrale au gaz de 471 MW, dans un marché tunisien encore très concentré autour de STEG, selon la Banque mondiale. Nebras indiquait pour sa part que l’actif avait fourni plus de 15 % de l’énergie produite en Tunisie en 2019, via son rapport 2019.
L’impact climatique est moins flatteur. CPC met en avant un cycle combiné au gaz, présenté comme plus efficace et moins émetteur que des technologies thermiques plus anciennes, avec étude d’impact, suivi des rejets, recyclage de déchets et certifications ISO 14001 et OHSAS 18001 sur sa page responsabilité environnementale. Mais cela reste une centrale fossile, capable aussi de fonctionner au diesel en appoint, comme le rappelle Power Technology. Or la Tunisie produisait encore l’essentiel de son électricité à partir du gaz et des fossiles, tout en visant 35 % de renouvelables dans sa capacité électrique d’ici 2030, selon la Banque mondiale. Autrement dit : CPC a amélioré l’efficacité thermique du parc, pas sa décarbonation.
3. Innovations / partenariats
L’innovation de CPC n’a jamais été celle d’une deeptech verte ; elle a plutôt été contractuelle et industrielle. Le projet Radès II fut la première grande IPP tunisienne, en mode BOOT sur 20 ans, dans un secteur historiquement dominé par STEG, comme le rappelle le site de CPC. Côté technologie, la centrale repose sur deux turbines à gaz et une turbine à vapeur ; Power Technology cite GE comme fournisseur EPC et turbiniers.
Le vrai partenariat clé reste donc l’État tunisien via STEG, acheteur unique de l’électricité. En 2019, l’entrée de Nebras a confirmé la valeur de l’actif comme infrastructure régulée plus que comme champion industriel autonome. Aucune levée récente, aucun brevet notable et aucun rapport RSE ou CSRD récent accessible publiquement n’ont été identifiés.
4. Greenwashing / zones grises
La zone grise centrale est là : CPC parle de techniques “non polluantes” sur sa page environnement, alors que son cœur de métier reste une centrale fossile alimentée au gaz, avec back-up diesel. Le cycle combiné réduit l’intensité carbone par kilowattheure par rapport à des centrales plus anciennes, mais il ne change pas la nature de l’actif : c’est une infrastructure de transition, pas une infrastructure bas carbone.
Deuxième fragilité : la dépendance systémique au gaz importé. La Tunisie reste vulnérable à cette exposition, avec une forte dépendance gazière et un objectif public de montée en puissance des renouvelables, résumé par la Banque mondiale et des analyses de Global Energy Monitor. Enfin, la fin du contrat a laissé des traces sociales : en mai 2022, des salariés ont mené sit-in et mouvements de protestation pour réclamer indemnités de fin de service et heures supplémentaires avant la remise de la centrale à STEG, selon L’Économiste Maghrébin. Derrière la centrale “fiable”, il y a donc aussi une sortie de concession socialement rugueuse.
5. Positionnement stratégique
Stratégiquement, CPC appartient à une génération d’actifs qui ont ouvert le marché tunisien, mais qui risquent désormais d’être coincés entre sécurité d’approvisionnement et impératif de verdissement. Son histoire raconte l’avant-renouvelables : un IPP thermique, financé par des actionnaires internationaux, adossé à un acheteur public unique. Le signal récent le plus important n’est pas une expansion, mais au contraire la fin de son avantage historique : dans une Tunisie qui vise 35 % de renouvelables d’ici 2030, le gaz contractuel n’est plus un horizon, seulement un amortisseur.
Verdict WattsElse
Carthage Power Company a été un verrou de stabilité pour le réseau tunisien ; elle peut vite devenir un vestige coûteux si elle reste prisonnière du récit “gaz propre”. Solide hier, stratégiquement exposée aujourd’hui : la centrale qui rassurait l’État doit désormais prouver qu’elle n’est pas seulement le passé qui tient encore le réseau.
Sources : carthagepower.com.tn · nebras-power.com · dev.nebras-power.com · documents1.worldbank.org · carthagepower.com.tn · power-technology.com · worldbank.org · gem.wiki · leconomistemaghrebin.com
Analyse IA
Utilisez l'intelligence artificielle pour obtenir une analyse approfondie et impartiale de cet acteur.
Explorez l'annuaire complet des acteurs de la transition
Autres acteurs de l'écosystème
CREAF - CERCA
Le CREAF n’est ni un producteur d’électricité ni un opérateur d’infrastructures : c’est une usine à preuves sur les sols, la végétation et le climat, de plus en plus prise dans les stratégies européennes de données et de diplomatie énergétique.
Voir la ficheSäliträdberget Vind AB
Une société projet derrière un parc vieillissant de Dalécarlie, désormais noyée dans la mécanique d’un géant allemand : Säliträdberget Vind AB incarne l’éolien terrestre « de la première heure », rentable en électrons mais exposé à la fois à des agrégats comptables groupés glaçants et à un climat politique régional qui durcit.
Voir la ficheOOO LUKOIL-Rostovenergo
Chauffage de la capitale du sud russe, actifs thermiques vieillissants : OOO LUKOIL-Rostovenergo incarne la dépendance au gaz que la transition d’EL5-Energo ne dissout pas d’un trait de plume.
Voir la ficheSaba Investment Company
Saba Investment Company renvoie en pratique au holding Saba Electrical & Water Industries Investment Co., société d’investissement listée au Shahrak-e Gharb de Téhéran et positionnée sur les chaînes de valeur électricité et eau (centrales, réseaux, services afférents).
Voir la ficheStonehedge Winery
Producteur californien de vins aux cépages classiques, mêlant tradition et marketing soigné comme un bon millésime.
Voir la ficheUNIVERSITE DE PAU ET DES PAYS DE L'ADOUR
Ni pure « start-up verte » ni simple incubateur : l’UPPA est une université publique dont le modèle mêle dotations d’État, droits d’inscription et ressources propres — maigrissant à la marge — à une recherche très partenariale sur l’énergie.
Voir la ficheK-WIND
La PME 케이윈드 (K-WIND, Korea Windpower Management) ne fabrique pas la « K-Wind » nationale de Doosan Enerbility : elle grimpe aux turbines pour les maintenir vivantes.
Voir la ficheTrafigura
C’est l’un des noms qui fait trembler un marché quand un cargo change de cap : pétrole, gaz, électricité, minerais, fret.
Voir la fichePTB
À première lecture, WattMonde place « PTB » parmi les « autres énergies » ; en réalité, l’identifiant officiel que vous nous transmettiez (« parti politique brésilien », Brasília, 1981) renvoie à un ancien parti, et non à un producteur RDF.
Voir la ficheJSC Mittal Steel Temiratu
Le nom JSC Mittal Steel Temirtau désigne historiquement la société sidérurgique de Temirtau (Karaganda), devenue ArcelorMittal Temirtau puis, depuis décembre 2023, Qarmet après la vente au groupe étatique puis aux investisseurs actuels — pas une pure « productrice d’électricité », même si votre classement sectoriel colle au fait que le même périmètre…
Voir la ficheHalliburton
Halliburton n’est ni une start-up climat ni un opérateur coté en Bourse à Houston par hasard : c’est l’un des plus gros intégrateurs de services pétroliers et gaziers au monde, avec une partie du discours tournée vers la « transition » et une part du chiffre d’affaires toujours accrochée aux complets et à la stimulation de puits.
Voir la ficheShandong Renping Xinfa Aluminium Co
L’entreprise désignée par Shandong Renping Xinfa Aluminium Co se situe, selon une lecture transversale des sources industrielles, dans le périmètre Xinfa – district de Chiping (Liaocheng, province du Shandong) : même zone que la centrale Xinyuan documentée sous le groupe Xinfa (« parc industriel Xinfa », Chiping), ce qui relie la fiche WattMonde «…
Voir la ficheMA vind AB
Le libellé MA vind AB ne ressort pas, à ce stade, comme une dénomination sociale exacte dans les bases ouvertes habituelles — d’où le risque d’une abréviation ou d’une coquille sur une SPV éolienne suédoise typée « X Vind AB ».
Voir la ficheHUA NENG Yimin Coal and POWER Co Ltd
À la frontière de la steppe, un géant du « charbon-électricité » étire à 35 millions de tonnes par an une fosse qui nourrit 3 400 MW de lignite.
Voir la fichePT. Chevron Geothermal Darajat Ltd
PT Chevron Geothermal Darajat Ltd est surtout un fantôme énergétique : un nom encore présent dans les bases et dans la mémoire des cartographies géothermiques, alors que le réel a basculé en 2017 vers un nouvel opérateur indonésien.
Voir la ficheDCU
Le campus ne vend ni kWh ni barils : Dublin City University (DCU), fondée en 1975, encadre plusieurs dizaines de milliers d’ étudiants sur un parc immense.
Voir la ficheState Organization for Marketing of Oil
Quand l’histoire irakienne se lit en chiffres de facturation, c’est le nom de la SOMO qui s’inscrit en haut de page.
Voir la ficheUnocal Corporation
Elle a marqué l’Amérique paysagère avec ses stations « 76 », mais Unocal Corporation n’est plus qu’un chaînon d’archives et de passifs dans la machine Chevron.
Voir la ficheMETRO
Homonymie assumée : vous n’êtes pas devant le studio hollywoodien ni devant l’opérateur télécom américain (« Metro »).
Voir la ficheRWE Polska
Le drapeau allemand sur l’éolien polonais a changé de tonalité : exit sur le offshore cédé à PGE, pari continu sur l’éolien terrestre et le solaire, dans un pays où le droit de l’éolien reste un feuilleton politique.
Voir la ficheANCE FVG
L’ANCE Friuli-Venezia Giulia n’est ni un producteur d’électricité ni un opérateur d’EnR : c’est la tête de pont régionale des entreprises de construction adhérentes à l’Associazione Nazionale Costruttori Edili.
Voir la ficheGrönljung AB
Le dossier « Grönljung AB », rangé sous les énergies renouvelables sans pays attesté, bute sur une absence quasi totale de traces vérifiables : pas de société homonyme repérée dans les registres publics suédois usuels ni dans les bases sectorielles consultées au début mai 2026.
Voir la ficheMandinga Solar SpA
Selon les éléments disponibles en ligne au printemps 2026, aucune base publique indexée ne permet d’attribuer sans ambiguïté la dénomination « Mandinga Solar SpA » à une société dotée d’un site corporate, de comptes consolidés ou d’un récit médiatique autonome.
Voir la ficheAgregio Solutions
Bras opérationnel de la flexibilité coté « Energy Management », Agregio Solutions mutualise des milliers d’actifs EnR et de consommation — jusqu’à promouvoir un pilotage au pas 15 minutes, révélateur des frictions entre promesse de décarbonation et réalité des marchés.
Voir la fiche