Mersen
Pendant que le titre affiche résilience — marge d’EBITDA courant à 16 % en 2025 — le tableau de bord trahit deux réalités : un rebond encore promis à la géopolitique des chaîpes batterie SiC/solaire, et des frictions visibles jusque dans la rue, des syndicats de Tennessee jusqu’aux bancs du conseil municipal de Gennevilliers.
À propos de Mersen
1. Modèle économique
Mersen SAS (ex‑Carbone Lorraine, groupe coté depuis 1937 à Paris) assemble deux monnaies : des matériaux avancés (graphite haute température, anticorrosion, procédés) et des spécialités électriques (protection, réseaux, conversion). Le groupe facture quasi exclusivement aux industriels équipementiers et sous‑traitants de très haute exigence, avec une exposition marquée au cycle solaire / semi‑conducteurs SiC, à l’éolien, au ferroviaire et aux réseaux. En 2025, les ventes consolidées tombent à 1 186 M€, soit ‑3,2 % organiques alors que l’automobile VE et les SiC ralentissent, contre une progression du pôle Electrical Power (+6,0 % org.) portée distribution US, éolien et fer (résultats annuels 2025 du groupe). L’effectif ramené sous contrôle est de 7 259 collaborateurs au 31/12/2025 contre 7 466 un an avant (chiffres clés Investisseurs). Structure financière : endettement net 382,5 M€ et levier 2,2× EBITDA covenant au 31/12/2025, dans la zone 1,5–2,5× que fixe la politique groupe ; retour au free cash‑flow positif après années de capex records ( même source résultats 2025).
2. Impact réel
Au sens interne adopté aux résultats 2026, 59 % du CA 2025 est classé comme servi par des marchés jugés contribuant à une « transition » (EnR incluant batteries stationnaires, composants puissance VE, transports décarbonés, etc.). Le groupe vise désormais environ 65 % en 2030 dans une feuille RSE élargie, alignée sur la mise en conformité CSRD annoncée (rapport durabilité attendu avec le futur Document d’enregistrement universel début 2026) (toujours le communiqué 18/03/2026). L’entreprise précise cependant noir sur blanc que cette « transition » n’emporte pas automatiquement l’aval taxonomique UE (« Taxonomie » et actes délégués disjoints dans l’appendice financier publié le même jour) — vigilance légitime quand une même barre graphite sert indifférenment panneaux, modules batterie ou appareils critiques. Nous n’avons pas retrouvé, au moment de cette fiche, de fiches ADEME ou scénarios PPE3 mentionnant spécifiquement Mersen : leur cas relève avant tout du gain d’efficacité induit par la filière bas‑carbone, pas de chiffres d’impact absolus publiés côté client final.
3. Innovations / partenariats
À l’horizon d’investissement 2029 (objectif consolidé inchangé de ≈ 1,7 Md€, marges EBITDA cible vers 19 % malgré le glissement depuis 2027), les annonces officielles pèsent trois leviers : graphite isostatique pour semi‑conducteurs, refroidissement / équipements pour transport et HVDC, chimie graphite pour batteries. Décembre 2024, le groupe admet officiellement un « retard » d’environ trois ans du couple VE‑SiC et repousse d’autant ses jalons de plan (Capital Market Day 2025/2029). Sur le chantier européen des matières, avril 2026 un contrat « multi‑million‑euro » Eco&FLEX® doit équiper le site Lionheart de Vulcan Energy à Francfort pour convertir le chlorure en hydroxyde de lithium VE (communiqué Vulcan‑Mersen du 23/04/2026). Côté défense américaine — donc techno à double usage — décembre 2025 sélection pour ≈10 MUSD graphites iso avec la Defense Logistics Agency trois ans (communication DLA‑Mersen).
4. Greenwashing / zones grises
Le tableau des charges non récurrentes 2025 (−53 M€, très largement non cash) porte au centre une « perte de valeur » de 37 M€ sur l’outil p‑SiC® liée à une demande VE revue à la baisse par Soitec, malgré des pistes de diversification évoquées en annexe financière (même communiqué annuel FR) : cet impair est un stress‑test financier lisible, pas une faute morale, mais il rappelle que le vernis « batteries et décarbonation » reste accroché aux prévisions de volumes clients. Dans le même temps que le narration « transition », le géant paraphe un méga‑contrat de défense américain (~10 M$) ([communiqué DLA : voir lien ci‑dessus]); la section « défense‑classique‑double usage » élargit l’empreinte industrielle hors taxonomie carbone verte. Dans le champ social et territorial, après subventions américaines puis contrat Pentagon, une manifestation syndicale d’information éclate le 6 février 2026 contre des suppressions‑relocations prévues en Colombia (TN), au moment où une couverture rapporte encore 505 000 $ aidés localement contre « dix millions $ » fed (Columbia Daily Herald, Synthèse communiquée IUE‑CWA / EIN syndicale relayée tel quel). À Gennevilliers, foyer historique français, 4 février 2026 le conseil municipal vote un « avis défavorable » contre l’élargissement d’installation de nouveaux fours, invoquant nuisances potentielles et stockages chimiques (Le Parisien).
5. Positionnement stratégique
Pour 2026, la direction anticipe déjà une fourchette de croissance organique +2 % à +6 %, maintient marginalité EBITDA ≈16 % ±50 pb, et rabote le capex industriel entre 90 et 100 M€ contre 129,3 M€ livrés fin 2025 (communiqué du 18/03/2026) : on bascule d’expansion brute à absorption de capacités. Une nouvelle équipe dirigée depuis mai 2026 (Salvador Lamas prend la suite après Luc Thémelin après vingt ans de cockpit) doit convaincre la place que SiC retrouvera bien des volumes et que le graphite batterie européenne ne sera pas vain. Remarque d’homonymie : le périmètre « Innovation / Strasbourg » diffusé côté outil WattMonde n’entre pas ligne à ligne avec le siège légal officiel : tour de La Défense rapporté tant par les publications financières (contact investisseurs téléphone Île‑de‑France) que par Le Parisien ; l’entreprise décrite correspond bien au fabricant mondial graphite‑électronique coté MRN et non à un sous‑douanier générique.
Verdict WattsElse
Mersen est le chef d’orchestre occulte des graphites critiques : quand vos modules photovoltaïques repartent depuis la Chine pile au moment où la politique française relance PV sur toits, cet équipementier gagne ; lorsque la rue gronde à Gennevilliers ou Tennessee, même les promesses milliardaires jusqu’à 2029 peuvent chauffer vite. Dans ce métier où 59 % ou 65 % de « transition » vivent encore du contrôle comptable de définition, l’entreprise doit prouver chaque nouveau four qu’elle n’est pas seulement le fossile parfait mais décarbonant à la carte.
Sources : mersen.com · mersen.com · us.mersen.com · us.mersen.com · mersen.com · columbiadailyherald.com · alternativeenergyreporter.com · leparisien.fr
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