Song Ba Ha JSC.
Le producteur vietnamien Song Ba Ha capitalise sur un actif d’envergure — 220 MW sur la rivière Ba — et sur des résultats 2025 en forte accélération, au prix d’une dépendance totale à l’hydrologie et à la tolérance politique.
À propos de Song Ba Ha JSC.
1. Modèle économique
La société est avant tout un producteur indépendant d’électricité hydroélectrique : son actif central est la centrale Sông Ba Hạ, avec une capacité affichée de 220 MW et une production annuelle théorique de l’ordre de 602 GWh selon la fiche boursière (Vietstock). Cotée UPCoM sous le code SBH depuis 2018 (Vietstock), elle revend de l’électricité dans un cadre où EVNGENCO 2 (branche production d’EVN) détient environ 61,78 % du capital, le reste étant détenu notamment par des investisseurs institutionnels et le flottant (Vietnam.vn). Les revenus explosent quand les turbines tournent plein régime : sur neuf mois 2025, le groupe rapporte environ 517,5 milliards de VND de chiffre d’affaires (+36 % en glissement annuel) et 271 milliards de VND de bénéfice net (+135 %), avec une trésorerie élevée — 922 milliards de VND en liquidités et dépôts au 30/09/2025 — selon la synthèse de presse (Vietnam.vn, Lao Động). Côté rh, un rapport trimestriel officiel mentionne 106 salariés au T1 2025 (rapport financier T1 2025). Une tension structurelle pèse sur la rentabilité nette : la fin des incitations fiscales « zone difficile » fait passer l’impôt sur les bénéfices de 10 % à 20 % à partir de 2025, explicitement noté dans les comptes du premier trimestre (rapport financier T1 2025).
2. Impact réel
L’électricité produite est à faix carbone en phase d’utilisation : sur le réseau vietnamien, l’hydraulique participe à la désensibilisation au charbon et au gaz, dans une logique nationale de renforcement des capacités propres, sans équivalent direct avec les objectifs PPE3 ou les trajectoires ADEME en Europe — rattacher SBH à ces cadres serait forcément périphérique. Sur le terrain, l’entreprise gère un vast bassin versant (11 115 km² pour environ 79,4 % du bassin de la rivière Ba selon sa communication) et un réservoir de 54,66 km² (site SBH). L’empreinte « réelle » inclut aussi écosystèmes modifiés, sédimentation et risques aval lors des manœuvres de réservoir — dimensions que les bilans carbone corporate ne captent guère. En 2024, la production est tombée à 499,4 millions de kWh, avec un AGM 2025 qui cite explicitement la sécheresse liée à El Niño et fixe une cible 2025 de 667 millions de kWh (Vietnam.vn (AGM)) — l’écart traduit la volatilité climatique plus que toute « courbe verte » lisse.
3. Innovations / partenariats
On est ici sur un actif mature (mise en service fréquemment datée 2009 sur les bases sectorielles) (Global Energy Monitor) : peu de « deeptech », beaucoup d’optimisation d’exploitation et de conformité aux cahiers des charges d’EVN. Le rapprochement capitalistique avec EVNGENCO 2 et, côté minoritaires, des acteurs comme REE Energy (parts citées dans la presse spécialisée à hauteur d’environ 25,76 %) (Vietnam.vn), structure gouvernance et dividendes plutôt qu’Open Innovation à la silicon valley. Aucun partenariat RSE ou rapport CSRD public pertinent n’a été identifié dans les sources consultées ; en revanche la planification électrique nationale (révisions PDP VIII) évoque des extensions ou rallongements de type +30 MW pour Sông Ba Hà hors horizon immédiat, selon les tableaux de projet du texte officiel vietnamien (décision 768/QĐ-TTg, PDF) — signal à suivre pour le capex futur, encore absent des synthèses presse 2025 analysées ici.
4. Greenwashing / zones grises
Le principal risque « vert » n’est pas le slogan : c’est le contraste entre électricité « propre » au sens comptable carbone et impacts hydrologiques et sociaux à l’aval. La presse économique relate des tensions autour du xả lũ (lâchers de crue), avec surveillance des autorités et ajustements de gouvernance expliqués dans un article sur les enjeux de sûreté du barrage et de pression institutionnelle (Lao Động). Fin 2025, la grève d’image monte encore d’un cran : des reportages chiffrent un lâcher record à 16 100 m³/s, amplifié par les débats publics sur la préemption du réservoir face aux pluies extrêmes (Nhà Đầu Tư), avec des réponses de direction sur la conformité aux processus approuvés (Pháp Luật TP.HCM). Double effet perçu : l’hydro atténue les émissions mais concentre le risque géopolitique du réseau et la responsabilité civile sur une poignée de barrages. La fin des avantages fiscaux augmente la pression de court terme sur le résultat net, sans « adoucir » ces externalités.
5. Positionnement stratégique
SBH est un carré hydro figé dans le paysage EVN : la stratégie tarifaire et les arbitrages d’eau restent alignés sur la péréquation nationale, pas sur le story-telling ESG européen. Le rebond financier 2025 après un 2024 hydrologiquement mauvais dessine une courbe en dents de scie typique des IPP hydro émergents ; la cible de production fixée en AGM et les engagements de dividendes malgré l’année sèche précédente traduisent une volonté de rassurer le marché (Vietnam.vn (AGM)). Dans un système énergétique vietnamien encore chargé en fossile, SBH incarne l’électricité bas-carbone dispatchable — utile pour le climat en moyenne annuelle, politiquement vive à chaque crue.
Verdict WattsElse
Song Ba Ha livre des kWh bas-carbone et des états financiers qui pétillent quand la mousson respecte le calendrier ; elle porte en creux la taxe climatique invisible — sécheresse, crues, procédures de xả lũ — qui ne passe pas par les marchés carbone. En une formule : des turbines vertes sous un parapluie gris.
Sources : finance.vietstock.vn · vietnam.vn · news.laodong.vn · file.fpts.com.vn · sbh.vn · vietnam.vn · gem.wiki · vepg.vn · nhadautu.vn · plo.vn
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